HOTEL DES VENTES
gouffre comblé par l'infortune comme pari opulence et où le riche comme le pauvre va puiser; l'un pour y faire l'acquisition de meubles antiques où l'art a déployé son talent ; d'une bibliothèque qu'un fils ruiné y a portée pour satisfaire ses passions. L'autre à qui la fortune commence à sourire s'y rend pour faire l'achat de choses plus coquettes que celles qu'il possède, de linge plus fin que celui qu'il porte.
Pour le commissaire-priseur, qui est la divinité de ce lieu, tout est bon; tout, excepté l'immeuble; il déploie toutes ses forces et ses finesses aux luttes de l'encan; expérience, adresse, zèle, fascination dans le regard, car tout en travaillant pour les autres, il travaille pour lui, c'est pourquoi il est intéressé à vendre le plus et le mieux possible ; il vend tout ce qui est vendable et même tout ce qui ne Test pas.
Les brocanteurs, les revideurs, les étaleurs et les rapiéceurs y abondent, les revendeurs y sont pêle-mêle ; il est curieux de les voir aux prises les uns avec les autres, pour posséder les débris des rébus du plus pauvre ouvrier ; tout ce qui est démanché, ébréché, brisé, fêlé, tout est bon pour eux : chaises boiteuses, tables privées de leurs tiroirs; vieux linges, objets de literies, effets d'habillement, ils ont un talen t à eux pour remettre tout ces débris à neuf.
De tous ces objets le commissaire-priseur retire encore cinq pour cent en sus du prix d'adjudication.
Tout ce qui avait un prix, il l'a élevé le plus qu'il a pu, et à ce qui n'en avait pas, il en a donné, afin que tous ceu x qui apportent à l'hôtel des ventes ne s'en retournent pas sans avoir rien touché de ce dont ils se sont défait.