‹ Les merveilles du nouveau Paris--Chapitre 15 sur 144 · CAFÉ HARDY · texte numérisé non relu

CAFÉ HARDY

Ce qui suit se passait au commencement de 1817. Le comte était revenu en France avec les Bourbons, et Louis XVIII l'avait fait lieutenant d'une compagnie de gardes du corps. L'e%-émigré voulait racheter son ancienne propriété passée

aux mains du colonel D ; ce dernier ne voulait pas la

céder. L'antipathie naturelle entre ces deux personnes prit bientôt le caractère de la haine la plus violente. Dix fois le colonel avait provoqué le comte qui, d'une nature frêle, d'une santé chancelante, refusait de se battre. Cela s'ébruita promptement; le roi en apprit quelque chose, il sut que le comte, insulté publiquement, refusait de laver son injure ; il s'en indigna et fit défendre à M. de S.. ..-M de reparaître aux Tuileries. Il fallut se battre. La rencontre eut lieu à Montmartre; après quatre coups de pistolet échangés sans résultat, les deux adversaires mirent l'épée à la main, comme les témoins l'avaient décidé, et deux secondes après le comte tombait mortellement blessé et expirait sur la place.

Deux heures ne s'étaient pas écoulées depuis ce lugubre dénouement que le colonel déjeunait tranquillement au café Hardy. Entre un de ses amis qui savait que l'affaire avait dû se vider le matin même. — Eh bien! fit-il en allant à

D , quelle nouvelle?— Parbleu! répond brusquement ce

dernier, puisque je déjeune, c'est que l'autre ne déjeunera plus.

Toutes les personnes présentes levèrent la tête; on espérait quelques détails, et les questions commencèrent à pleuvoir.

Le colonel ne répondant point, un personnage placé à une table voisine de la sienne se lève et dit à haute voix avec le plus grand calme: — Mon Dieu, messieurs, c'est chose

toute simple : le roi a donné S.... -M à tuer a cet homme

qui a rempli consciencieusement son office de tueur.

On s'attendait à une explosion; il n'en fut rien: D....

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