PALAIS ET MONUMENTS PUBLICS
Le Louvre. — Les quatre portiers du Louvre. — Les Tuileries. — Palais- Royal. — Les maisons de jeu et Marco de Saint-Hilaire. — Café Lamblin.
— L'Elysée. — Le Luxembourg. — Petit Luxembourg. — Corps législatif. — Conseil d'État et Cour des Comptes. — La Légion d'honneur. — L'Institut de France. — Beaux-Arts. — Palais de Justice. — La Bourse.
— Curieuse Pétition. — Aventure d'un ministre de la Restauration. — L'Hôtel de Ville. — Le tribunal de commerce. — La Monnaie. — Les Ministères. — Mobilier de la Couronne. — Archevêché.
Les palais et les monuments publics sont très-nombreux à Paris, mais la plupart ne remontent pas au delà de la Renaissance ; l'architecture des édifices privés manque de caractère, et les constructions modernes affectent généralement un faux air de caserne.
Le palais du Louvre est un des plus beaux monuments de Paris, sur la rive droite de la.Seine ; il fut longtemps la demeure des rois. (V. page 101.)
Ce n'était d'abord qu'une grosse tour que Philippe Au-
guste fit construire, en 1214, pour servir de prison d'État. Ferdinand, comte de Flandre, fait prisonnier à la bataille de Bouvines, y fut enfermé la même année.
Charles V fut le premier roi qui ajouta aux constructions de Philippe Auguste, embellit le Louvre et le rendit habitable. De la tour du Louvre, qui n'était d'abord qu'une prison d'État et un arsenal, Charles V fit une bibliothèque, où il réunit 900 manuscrits, nombre assez considérable pour le temps. Cette bibliothèque, la seule qui existât alors, devint le noyau de notre Bibliothèque impériale. Un superbe escalier, chef-d'œuvre de construction et de sculpture, conduisait à la bibliothèque ; il n'a été détruit que sous Louis XIII. Charles V orna l'extérieur du Louvre d'une horloge, de terrasses et de jardins ; l'intérieur contenait, outre la bibliothèque, une chapelle, des appartements, des salles de bains, un cabinet des joyaux, etc. ; luxe prodigieux alors.
Charles VI augmenta les fortifications du Louvre ; il transforma les jardins en bastions, et cette demeure splendide fut convertie en forteresse sous les règnes de Charles VII, Louis XI, Charles VIII et Louis XII.
Abandonné pendant 150 ans, le Louvre demanda des réparations considérables pour le rendre digne de recevoir Charles-Quint, en 1539. François Ier y fit donc de nombreux perfectionnements : mais ces nouveaux travaux qui devaient être faits d'après les plans de Pierre Lescot, aidé de Jean Goujon et de Paul Ponce, ne furent complètement exécutés que sous Henri II.
Henri IV fit donner à la cour du Louvre la dimension qu'elle a aujourd'hui.
En 1664, Colbert, nommé surintendant des bâtiments du roi Louis XIV, eut ordre de procéder à l'achèvement du Louvre. De nouveaux projets furent demandés aux architectes les plus célèbres : Claude Perrault se mit surles rangs, et présenta un dessin qui réunit tous les suffrages. Son pro-
jet fut mis à exécution, à peu de chose près tel qu'on l'a vu depuis. Les immenses travaux qu'il y eut à faire empêchèrent Louis XIV d'habiter le Louvre; il alla résider à Versailles.
De ce moment le Louvre fut abandonné, bouleversé, dévasté. M. de Marigny, nommé surintendant des bâtiments, fit dégager le Louvre de toutes les constructions étrangères qui l'obstruaient et fit reprendre les travaux de son achèvement par l'architecte Gabriel.
La Révolution vint encore une fois interrompre ces tentatives d'achèvement. Devenu propriété nationale, le Louvre fut traité en place conquise : les appartements furent morcelés, les étages coupés par des planchers, les gros murs percés ; les tuyaux de poêles et de cheminées passèrent par les fenêtres ; des corridors obscurs, des escaliers infects, furent établis puis de nombreux ateliers où une jeunesse turbulente se livrait à ses travaux et à ses jeux.
Pareil désordre ne pouvait se prolonger. On ne savait d'ailleurs où placer les tableaux que nous valaient nos succès en Italie. Le Louvre fut désigné et on le disposa en conséquence.
En 1803, les architectes Percier et Fontaine furent chargés par le premier consul Bonaparte de reprendre les travaux, et c'est à ces artistes distingués que le Louvre dut d'être terminé.
Louis-Philippe avait eu le projet de réunir le palais des Tuileries au Louvre, de manière à pouvoir, en sortant par la porte du musée, parcourir de plain-pied plus d'une demilieue d'appartements et de galeries au milieu des chefsd'œuvre des arts de tous les temps et de tous les pays.
Mais c'est Napoléon III qui a eu la gloire de faire du Louvre le plus vaste et le plus magnifique palais, non pas seulement de Paris , mais peut-être du monde entier.
A ce palais se rattache une anecdote peu connue que nous nous empressons de rapporter :
Deux des portiers du Louvre (il y en a quatre) tenaient chacun un restaurant dans le Louvre même ; l'un à la porte située en face du pont des Arts; l'autre à celle du pavillon de l'horloge; c'étaient deux suisses de la garde de Louis XVI qui avaient échappé au massacre du dix août, et qui avaient obtenu de Louis XVIII la double faveur dont ils jouissaient. L'un, nommé Koliker, avait un vaste logement; l'autre, celui de la porte de l'Horloge, était moins grandement logé, bien qu'il pût pourtant recevoir une assez nombreuse clientèle; il cumulait les triples fonctions de portier royal, de restaurateur et d'huissier de l'Institut. Il avait encore une quatrième corde à son arc : son logement avait issue sur l'escalier conduisant aux anciens appartements de Henri IV, et c'était sur une des marches de cet escalier que ce souverain avait rendu le dernier soupir, alors qu'on le rapportait mourant. Cet escalier était visité par un grand nombre de touristes qui ne manquaient pas d'emporter un petit morceau de cette marche que Michel leur vendait fort cher.
Koliker, qui n'avait rien de semblable, était jaloux. De là des querelles incessantes entre les deux confrères et compatriotes. Le marquis d'Autichamp, qui était gouverneur du Q Louvre à cette époque, tenta de les réconcilier ; mais Koliker a? ne voulut rien entendre; il lui fallait absolument un bedile marge de Henri gadre, et il mourut de chagrin de n'avoir pu l'obtenir.
Ces singuliers restaurants, bien connus des gastronomes du temps, furent supprimés vers la fin de la Restauration. On vendait pourtant encore des liqueurs, en 1830, chez trois de ces portiers, et les combattants du 29 juillet de cette année purent s'y rafraîchir; mais qu'ils s'y fussent bien mieux rafraîchis dix ans auparavant!