ÉGLISES
Notre-Dame. — Sainte-Chapelle. — Anecdole. — Panthéon. — Saint-Eustache. — Saint-Étienne du Mont. — Saint-Germain des Prés. — Chapelle des Invalides. — Sainte-C.lotilde. — Église du Val-de-Grâce. — La Madeleine.—Saint-Germain l'Auxerrois. — Saint-Vineent de Paul. — Notre- Dame de Lorette. — Cultes différents.
Paris possède 65 églises paroissiales dédiées au culte catholique, et un grand nombre de chapelles; parmi elles, il en est peu qui, par leur antiquité et leur valeur artistique , soient dignes d'attenton.
La cathédrale de Notre-Dame, à l'extrémité orientale de de la cité, fut bâtie par Maurice de Sully, sur l'emplacement d'une église élevée en 3G5. (T. page 176.)
Les travaux, dit Dulaure, en furent commencés vers l'an 1163. On conjecture que le pape Alexandre III posa, en cette année, la première pierre de l'édifice. En 1 182, le grand autel fut consacré par Henri, légat du saint-siége; ce qui fait présumer qu'alors le chœur, ou du moins le chevet, était achevé.
On ne connaît pas l'époque de l'entier achèvement de cette église ; mais on peut dire que les travaux ont duré près de deux cents ans.
Cet édifice est fondé sur pilotis : sa longueur, dans œuvre, est de 130 mètres; sa largeur, prise à la croisée entre la nef et le chœur, de 45 mètres; sa hauteur, depuis le sol jusqu'à la partie la plus élevée de la voûte est de 35 mètres.
La façade, vaste et imp' santé, a 40 mètres de développe ment,
Elle présente au rez-de-chaussée trois portiques de forme et de hauteur inégales : ces portiques, chargés d'une multitude d'ornements, l'étaient aussi de statues dont plusieurs ont, pendant la Révolution, été dégradées ou détruites.
Un de ces portiques, celui qui est placé au-dessous de la tour septentrionale, est remarquable par un zodiaque qui a cela de particulier que onze signes seulement, chacun accompagné de l'image des travaux champêtres ou attributs qui y correspondent, sont sculptés tout autour de la voussure du portique; et que le douzième signe, celui de la Vierge, au lieu d'être rangé parmi les autres, suivant l'usage, se trouve, en une bien plus grande proportion, adossé au pilier qui sépare les deux portes de ce portique, et représenté sous la figure de la Vierge Marie, figure dont depuis 1793 on ne voyait que la place et le piédestal, mais qui, en 1318, a été rétablie.
Les portiques qui se voient aux deux extrémités de cette façade sont surmontés par deux grosses tours carrées, hautes de 68 mètres depuis le sol jusqu'à leur terrasse supérieure. Ces portiques, qui occupent les deux tiers de la façade, ont des portes remarquables par leurs ornements en fonte de fer. Cet ouvrage parut alors si merveilleux que l'on crut que le diable s'en était mêlé.
Dans la tour du sud est la fameuse cloche dite le Bourdon, qu'on ne sonne que dans les grandes fêtes. Elle pèse près de trente-deux milliers. Fondue en 1682, et refondue en 1685, elle fut alors solennellement baptisée ou plutôt bénite. Louis XIV et la reins son épouse furent ses parrain et. marraine. Elle reçut le nom d'Emmanuel-Louise-Thérèse. Le battant qui, nr's.en mouvement, frappe les bords intérieurs de cette cloche et fait retentir des sons graves et lugubres, pèse neuf cent soixante-seize livres.
Au-dessus de l'ordonnance inférieure on voit, sur toute la ligne de la façade, vingt-sept niches où, avant la révolu-
tioD, étaient placées vingt-sept statues plus grandes que nature, représentant une suite de rois francs depuis Childebert jusqu'à Philippe Auguste.
Au-dessus de ce rang de niches se présente la fenêtre circulaire, appelée rose. Chaque face latérale de cette église oft:c u ne pareille fenêtre, délicatement travaillée. Ces trois roses o nt chacune 14 mètres de diamètre.
L'intérieur de l'église est vaste et imposant . il présente une nef, un chœur et un double rang de bas côtés, divisés par cent vingt gros piliers qui supportent les voûtes en ogive. Tout autour de la nef et du chœur, et au-dessus des bas côtés, règne une galerie ornée de cent petites colonnes, chacune d'une seule pierre; c'est là que se placent Jes spectateurs lors des cérémonies extraordinaires.
L'église est éclairée par cent treize vitraux, sans y comprendre les trois grandes roses, dont l'une est à la façade principale, et les deux autres aux faces latérales. Ces roses ont souvent été réparées. Quarante-cinq chapelles entouraient et servaient comme de rempart à cet édifice. Des réparations, exécutées à différentes époques, ont fait réduire ce nombre de beaucoup.
Les peintures des anciens vitraux, fûtes dans un temps où l'art était dans l'enfance, n'offraient rien de remarquable.
Le chœur, pavé en marbre , a 38 mètres de long sur 9 de large ; il présente de chaque côté, au-dessus de la corniche des stalles, quatre grands tableaux. D'un côté est l'Assomption de la Vierge, par Laurent de la Hire; la Présentation delà Vierge au temple, par Philippe de Champagne; une Fuite en Egypte, par Louis de Boulogne; et la Présentation de Jésus-Christ au temple par le même. De l'autre côté, est l'Adoration des Mages, par Lafosse ; la Naissance de la Vierge, par Philippe de Champagne; le Magnificat, ou la Visitation de la Vierge, par Jouvenet ; et l'Annonciation de la Vierge, par Haï lé.
Six anges en bronze, portant chacun des instruments de la passion, et posés sur des socles de marbre blanc, sont aux côtés de l'autel. Ce sanctuaire est entouré d'une belle grille en fer poli et doré , exécutée en 1 809 par MM. Vavin, serrurier, et Forestier, fondeur-ciseleur, d'après les dessins de .MM. Fontaine et Percier.
L'autel principal n'est remarquable que par les bas-reliefs exécutés d'après M. Deseine.
Derrière cet autel et sous l'arcade du milieu est un groupe en marbre, qu'on appelle le Vœu de Louis XIII. Ce roi fit, en 1638, vœu de mettre son royaume sous la protection de la sainte Vierge , et de réparer le principal autel de cette église.
Ce Vœu, ou le groupe qui le compose, présente une grande croix en marbre blanc, sur laquelle est jetée une draperie. Au bas, on voit la sainte Vierge Marie assise tenant sur ses genoux le corps mort de Jésus.
Aux deux côtés sont placées, sur des piédestaux, les figures à genoux de Louis XIII et de Louis XIV. Ces figures, enlevées pendant la révolution, furent rétablies en 1816. Elles tiennent chacune une couronne des deux mains, et les offrent à la Vierge.
Au dehors du chœur, sur les faces de son mur de clôture, on voit des figures en plein relief, qui représentent divers sujets de l'Ancien Testament. Avant les réparations, le chœur était entièrement entouré de pareilles sculptures, ouvrage de Jean Ravy, maçon de l'église de Notre-Dame, et de son neveu, maître Jean Bouteiller, qui les termina en 1351.
Dans les chapelles situées derrière le chœur sont divers tombeaux remarquables. Je ne citerai que ctlui de Henri Claude, comte d'IIarcourt, mort en 1779. Sa veuve le fit élever, en 1776, sur les dessins de l'igalle. On avait, pendant la révolution, transféré ce mausolée au Musée des monu-
ments français. En 1820, il fut rétabli dans la chapelle qu'il occupa primitivement, laquelle avait été concédée par le chapitre à la famille d'Harcourt.
Dans une autre chapelle, située derrière le chœur, réparée en 1818, on a placé le mausolée en marbre du cardinal de Belloi, archevêque de Paris, qui mourut presque centenaire. Ce mausolée, composé de plusieurs figures, est l'ouvrage de Deseine.
Une autre chapelle, située au rond-point de l'église, et correspondant à l'axe de l'édifice, est consacrée à la Vierge. On y a placé la belle figure en albâtre représentant la Vierge Marie, sculptée à Rome par Antoine Raggi, d'après le modèle du cavalier Bernin.
Dans une chapelle du côté droit, est, sur l'autel, un tableau fort estimé, représentant le Saint-Esprit descendant sur les apôtres; il est l'ouvrage de Blanchard.
L'église est tout entière pavée de carreaux blancs et noirs ; le chœur et le sanctuaire le sont en compartiments de marbre de diverses couleurs.
Les façades latérales de cette église, moins imposantes que la principale, sont hérissées d'une infinité d'obélisques fleuronnés, et d'autres ornements qui appartiennent au genre de l'architecture sarrasine.
Depuis 1669, cet édifice subit une foule de changements et de modifications, jusqu'en ces derniers temps où on s'est appliqué à restituer à l'église Notre-Dame son caractère primitif. L'intérieur, qui avait été mutilé, présente mainte» nant un coup d'œil imposant. Cette cathédrale est, avec celles de Reims et d'Amiens, l'un des plus beaux spécimens de l'art gothique que possède la France, et excite surtout l'admiration par le grandiose et l'ensemble de sa façade principale1.