LA SAINTE-CHAPELLE
La Sainte -Chapelle, située près du Palais de justice, est peut-être 1(3 plus bel édifice religieux de Paris. Elle fut d'abord consacrée sous le titre de Sainte-Couronne ou de la Sainte-Croix, et fut construite par Pierre de Montereau. Il la commença en 1242 ou 1245 et La termina en 1247; plus lard on la désigna sous le nom de la Sainte-Chapelle. Cette église est longue de 35 mètres dans œuvre et large de 8, haute de 35 mètres depuis le sol jusqu'au sommet de l'angle du fronton, et la flèche a 33 m. 25 c. Le portail est formé par deux porches superposés, en avant-corps, ouverts par plusieurs arcs en ogives, et décorés de colonnettes et de voûtes à nervures. De beaux vitraux, admirables par l'expression du dessin et de la vivacité des couleurs, garnissent les croisées : ils représentent l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les douze Apôtres adossés aux principaux piliers sont remarquables par la pureté du dessin, l'élégance et le bon goût des draperies, ainsi que par le fini de l'exécution. De la base au faîte, la Sainte-Chapelle est entièrement bâtie en pierre dure de choix ; les tailles et la pose sont exécutées avec une précision rare ; la sculpture en est composée et ciselée avec un soin particulier. 800 000 livres tournois furent employées à sa construction ainsi qu'à sa décoration, et 2 000 000 de francs à l'acquisition des reliques ou à la confection des châsses où elles furent déposées.
La Sainti -Chapelle forme deux églises l'une sur l'autre ; l'église souterraine, consacrée par Philippe lîernier, archevêque de Bourges, était dédiée à la Vierge et était la paroisse de tous les officiers, domestiques, attachés au service du roi, et de toutes les personnes qui demeuraient dans le palais. L'église supérieure, consacrée par Eudes de Chateauroux, évèquedeTusculum et légat du pape, étail dédiée à la Sainte*- Couronne et à la Sainte-Croix. Rien de plus riche, de plu> élégant, de plus splendide que l'intérieur; toutes les parties
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LA SAINTE-CEAPELLE. 181
de l'édifice disparaissent sous les dorures et les enluminures.
Le clergé de l'église se composait de cinq chapelains et de deux marguilliers, diacres ou sous-diacres.
Une guerre de préséance s'étant élevée entre le trésorier et le chantre, devint le sujet du Lutrin de Boileau.
Ce poète ne se figurait guère, à cette époque, qu'il aurait été enterré sous le lutrin même de cette église.
Depuis 1853, on y célèbre chaque année, le 3 novembre, la messe dite du Saint-Esprit pour la rentrée de la magistrature.
La Sainte-Chapelle possédait la couronne d'épines, un morceau de la vraie croix, le fer et la lance dont le côté de Jésus fut percé, une partie de l'éponge qui servit à lui donner à boire, un fragment du roseau ; toutes ces reliques furent retirées en 1791 et déposées dans l'église Notre- Dame.
L'entrée de la Sainte-Chapelle n'est pas publique, mais on obtient facilement du ministère des cultes l'autorisation de 1 i visiter.
En 1811, l'imprimerie de la préfecture de police était située cour de la Sainte-Chapelle; son prote, qui se nommait T***, était père de deux jolies filles. Un nommé D**% portier de la Morgue, alors tout nouvellement construite sur le quai du Marché-Neuf, s'éprit de l'une de ces filles, parvint à s'en faire aimer et la demanda en mariage à son père qui la lui refusa, sans la consulter et sans même en dire un mot à sa femme, tant il lui répugnait de songer seulement à une telle alliance. Grand chagrin des deux amoureux, chagrin d'autant plus vif chez l'amoureuse, que déjà elle n'avait plus rien à accorder ni à refuser. D*** finit par émettre l'opinion très-paradoxale qu'en pareille occurrence le maire et le curé n'étaient pas