‹ Les messagers du roi. AllégorieChapitre 9 sur 9 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Un silence de quelques minutes succéda à l'histoire. Les deux enfants étaient sérieux et pensifs. Léonard, inquiet, semblait vouloir dire quelque chose, mais il paraissait manquer de courage pour entamer la conversation. Pour le tirer d'embarras, M. Mertoun s'adressa d'abord à Marie.

" Dites-moi, Marie," lui demanda- 1 -il, " pensez-vous qu'il y ait toujours une ville qui soit assujettie à une loi aussi singulière que celle de Metœcia?"

"Oh! oui, mon oncle," réiDliqua-t-elle avec vivacité; " j'ai deviné au premier abord ce que vou's entendez par là : l'histoire est une allégorie, et la loi d'Exil est la loi de Mort."

" Il est vrai," dit M. Mertoun ; " le monde

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entier n'est autre chose que notre ville de Metœcia. Nous sommes sujets, à chaque instant, à être appelés à la quitter; et quand notre ordre est venu, nous en sortons seuls, sans emporter la moindre partie de nos richesses. Si nous vivons dans l'oubli de cette loi, notre conduite est, pour le moins, aussi inconcevable que celle des marchands de l'histoire. Mais qu'entendez-vous par la vision du miroir ?"

Marie hésita, mais Léonard répondit pour elle : " Je pense, mon oncle, que ces pensées sont suscitées par la mort de nos amis."

" Yous avez raison," dit M. Mertoun ; " c'est dans nos moments de privation que nous sentons plus clairement le néant des richesses de ce monde, et que nous envisageons mieux notre position, comme 'pèlerins et étrangers sur cette terre.' Les avertissements des Saintes Ecritures, que souvent nous avons enten- 9*

dus et méprisés, sont alors tellement gravés dans notre mémoire, qne nous ne pouvons les en chasser. Mais, dites-moi, Léonard; quel devoir particulier attaché à l'instabilité des richesses a-t-on eu l'intention d'expliquer dans cette histoire?"

L'enfant répondit en rougissant : " Le devoir de donner aux pauvres; — je sais pourquoi vous nous dites cela : Mais," ajouta-t-il, après un moment d'hésitation, " j'espère que vous ne pensez pas que je ressemble à Philargyr ?"

" Je ne vous connais qu'imparfaitement tous deux," répondit M. Mertoun; " et aussi je ne saurais dire vers lequel des trois chemins dangereux, désignés dans l'allégorie, vous font pencher vos dispositions naturelles. Mais mon dessein, en vous parlant sur ce sujet, était de vous montrer clairement l'office important assigné aux pauvres dans l'Evangile. Je crai-

gnais que vous ne l'eussiez oublié, quand, il y a quelques jours, vous employâtes ces mots : ' Un pauvre seulement'' "

" Je l'avais en effet oublié," répondit Léonard; "et, à l'avenir, je m'habituerai à regarder les pauvres comme les Messagers du grand Eoi. Mais, mon oncle," continua-t-il, après un instant de silence, " croyez- vous que tous ceux qui négligent de faire l'aumône, ressemblent à l'un des marcbands de cette histoire?"

" Je pense," répliqua M. Mertoun, " que tous ceux qui font mauvais usage de leurs richesses, peuvent être compris dans les trois classes que j'ai décrites. Nous avons d'abord ceux qui, comme Philargyr, ne profitent pas de leurs richesses; viennent ensuite ceux qui, à l'instar de Mégaclès, les dépensent sans les employer convenablement; et enfin, ceux qui les emploient convenablement, mais

pour des motifs particuliers, ressemblent à Euprépès."

" Ce n'était pas cela précisément que je voulais vous demander," dit Léonard. '* Ke serait-il pas possible que l'on ressemblât en partie à l'un et en partie à l'autre?"

" Sans aucun doute," répliqua M. Mertoun ; " c'est pour cela que, dans cette histoire, j'ai conservé chaque caractère clair et net, afin de tracer la carrière de chacun d'eux séparément. Mais dans la vie actuelle, ces différents caractères paraissent s'entre-croiser ; et, sans un soigneux examen de nous-mêmes, nous ne pourrions dire vers quel chemin nous portent nos inclinations. Il y a cependant une différence encore plus importante entre la vie actuelle et notre allégorie. Les marchands n'y ont été représentés que comme les possesseurs de grandes richesses, et n'étant assujettis qu'au devoir de l'aumône. Est-ce là

le tableau parfait de notre position comme Chrétiens?"

"Oh! non," répliqua Marie; "quand vous nous avez expliqué la Parabole des Talents, vous nous avez dit que notre santé, notre temps, nos affections, et les événements journaliers de notre vie, que tout enfin représente une partie des Talents dont nous devons rendre compte."

" En effet," dit M. Mertoun, " et le Talent de la Eichesse, quoique différent des autres, n'en est jamais séparé dans la vie actuelle. L'exercice de ce devoir doit être maintenu en harmonie avec l'accomplissement des autres. Le montant et le mode de nos aumônes doit dépendre, non seulement de nos moyens, mais encore des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. On peut avancer comme règle générale, que le désir de donner, et de donner sans ostentation, doit être le principe

actif de notre action; mais dans chaque cas particulier, ce désir sera réprimé et limité par une variété d'événements qu'il est impossible de déterminer. Il y a encore une autre omission dans l'allégorie."

" Pensez-vous," demanda Léonard, '' que les marchands ne reçurent qu'un seul avertissement, et qu'ils continuèrent la même marche jusqu'à la fin de leur carrière?"

" Ce n'est pas à cela que je me suis reporté," répondit M. Mertoun; "quoique certainement à cet égard, leur position supposée ne soit que la représentation imparfaite de la nôtre. Chaque trait de notre histoire, tend presque toujours à un but. Dans la vie actuelle, ces événements peuvent être interrompus par la miséricorde de Dieu; alors Philargyr ainsi que Mégaclès, deviennent semblables à Sophrône. Cependant l'allégorie est encore la représentation fidèle d'une sorte de

péché dont on ne s'est point repenti. L'omission dont je parle se trouve plutôt dans l'histoire du plus jeune frère."

" Yous dites," demanda Marie, " qu'en réalité nous ne pouvons pas nous amasser de trésors dans les cieux; et que tout ce que nous faisons est accepté par les mérites de Notre Sauveur. Mais n'était-ce pas cela que signifiait la marque de la Croix que l'on voyait sur les balles de marchandises?"

" Ce sens y est impliqué," répliqua M. Mertoun ; " mais il ne forme, pour ainsi dire, nul trait distinct de l'allégorie."

" Mais devrait-il y avoir tant d'omissions dans l'histoire?" demanda Marie.

M. Mertoun prenant un dessin que l'on venait de laisser sur la table, répondit : '' Savezvous," dit-il, " ce que représente ce tableau?"

"Il représente l'église;" répliqua-t-elle, un peu étonnée de cette demande.

" Eh bien !" dit son oncle; " mais je ne vois pas la fenêtre de l'est, ni le portail du nord, et je ne découvre qu'une très-petite partie de l'extrémité ouest de l'édifice. Il me semble qu'il manque trois côtés de l'église."

"Il doit en être ainsi, nécessairement;" répondit Marie, devinant en partie l'intention de son oncle ; " car la vue est prise du sud."

" Ainsi, Marie," dit M. Mertoun, '' le tableau de la vie représenté dans cette histoire est nécessairement tiré d'un point de vue particulier. La vue en est, pour ainsi dire, prise du côté des Eichesses. Il y a d'autres côtés qui ne sont pas moins importants pour la symétrie de l'édifice, mais ils ne peuvent pas être placés dans le même tableau. J'ai encore une autre question à vous faire: — Pensez-vous que la personne qui a esquissé ce dessin, ait tiré le plan des fondations de l'église avant de le commencer?"

" Non," répliqua Marie. " Yotre demande ne saurait être sérieuse!"

■" Eh bien ! alors," continua M. Mertoun ; " le tableau est également imparfait à cet égard. Les murs véritables ont une base, sans aucun doute; et l'édifice ne pourrait se soutenir un seul instant s'il n'avait point de base. Comprenez-vous ma pensée, Léonard?"

" Je comprends," répondit le jeune garçon ; " vous voulez dire que la mort de Notre Sauveur est la base sur laquelle repose l'édifice de notre vie actuelle; et quoiqu'elle ne soit pas représentée dans l'histoire, on doit nécessairement supposer qu'elle existe."

" Très-bien," dit M. Mertoun ; " mais je veux

vous faire voir clairement la différence qu'il

y a entre cette explication et la première.

Les différents devoirs de la vie représentent

les diverses murailles de l'édifice, que l'on

peut voir avec plus ou moins de netteté, sui-

vant le point d'où nous les regardons. La doctrine de l'expiation est, pour les Chrétiens, la seule base sur laquelle elles reposent ; et sans cela le tableau ne saurait être une représentation fidèle, car l'édifice aurait cessé d'exister. Mais, pour en revenir au devoir de l'aumône, pouvez-vous me citer quelques passages des Saintes Ecritures, où il soit parlé de ce devoir à l'exclusion ajDparente des autres? Yous mentionnâtes, Marie, la parabole des Talents. Yous rappelez-vous la description du jour du jugement qui la suit?"

Marie réfléchit un instant, puis elle répondit : " Le Eoi récompensa ceux qui étaient à sa droite, parce qu'ils avaient rassasié ceux qui avaient faim, qu'ils avaient donné à boire à ceux qui avaient soif, et qu'ils avaient exercé l'hospitalité envers les étrangers."

"Cela est vrai," dit M. Mertoun; -'et Notre adorable Sauveur leur assura que puis-

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qu'ils avaient agi ainsi envers l'un d'entre les plus petits de ses frères, ils avaient agi de la même manière envers lui. De même, on représente ceux qui étaient à la gauche, comme ayant été punis, seulement pour avoir oublié les pauvres. Il y a aussi deux paraboles concernant les riches, dans lesquelles là même idée nous est présentée tout aussi clairement.'^

" L'une d'elles," dit Léonard, " est celle du Riche et de Lazare."

" Fort bien," répondit son oncle; " on ne nous y montre aucun autre péché du riche, si ce n'est celui d'oublier les pauvres mendiants qui attendent à sa porte. L'autre parabole à laquelle j'ai fait allusion, est celle de ce riche qui, lorsque sa terre eut abondamment produit, résolut d'en amasser secrètement la moisson. Dieu le punit immédiatement de la sentence de mort. Et Notre Sauveur lui-même

y a joint cet avertissement : ' Il en est ainsi de celui qui fait de grands amas de biens pour soi-même, et qui n'est pas riche en Dieu.' "

" Les enfants ne sont jamais bien riches," observa Léonard.

Ces mots furent prononcés d'un ton bas, comme si le jeune garçon eût voulu répondre à sa propre pensée. Son oncle cependant ne les laissa pas passer inaperçus. " Ils ne sont pas riches, il est vrai," répliqua- t-il, '' suivant le sens ordinaire du mot richesse. Mais rappelez-vous que Kotre adorable Sauveur a déclaré que' le quart de denier de la veuve avait plus de valeur que tous les dons précieux qui étaient amassés dans la trésorerie du riche. Le plus petit enfant j^eut donc, ou donner une offrande semblable à celle de la veuve, ou la garder en secret, ou la dépenser pour lui."

" Et s'il la garde secrètement," demanda Léonard ; " ressemblera- t-il pour cela à Pliilargyr?"

"Je ne pense pas," répondit M. Mertoun, " qu'il soit tel que ce dernier sur la fin de sa vie. Mais ses liens furent d'abord légers et flexibles; ce fut le temps qui en augmenta le poids et la force; de tels liens sont souvent portés secrètement par les enfants. Ils ne sont nullement exemptés de la tentation de l'avarice. Les petites occasions qu'ils ont évidemment pour l'exercice de cette disposition la rendent moins visible, mais elle n'en est pas moins dangereuse. Il n'est pas besoin d'une mine d'or pour l'accroître. La première monnaie sans importance que reçoit un enfant, forme souvent le premier anneau de la chaîne qui le retient captif quelques années plus tard. S'il s'en suit l'amour de l'argent en

lui-même, et qu'il ait le désir d'en posséder 10*

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davantage, il a déjà commencé à partager l'esclavage de Philargyr."

Les enfants gardèrent le silence. Ces paroles n'éveillèrent aucune pensée pénible chez Marie, car l'avarice n'était pas un de ses défauts. Mais Léonard sentit toute la force de cette application de l'histoire. Il avait gardé secrètement le présent qu'il avait reçu de son oncle, à la fête de Koel précédente; et il l'aimait, parce que c'était de l'or. Il demanda enfin de quelle manière on pouvait se guérir du défaut de l'avarice.

M. Mertoun devina le motif de cette question, et répondit : " Le meilleur remède pour tous nos défauts, mon cher enfant, c'est d'en faire le sujet d'une prière continuelle. Mais celui-ci, plus que tout autre peut-être, demande la persévérance après un effort immédiat. En le domptant, nous brisons réellement nos chaînes. Prenez une bonne fois la résolution

de donner, et il vous semblera que quelque enchantement a été dissipé, et votre désir de donner s'accroîtra chaque jour davantage. Je ne prétends pas dire que la tentation d'amasser ne viendra pas une seconde fois ; mais après avoir essuyé quelques défaites, elle reviendra avec moins de violence qu'auparavant, jusqu'à ce qu'enfin vous l'a^^ez complètement vaincue, par votre disposition à donner. Yous ne devez pas oublier cependant, que l'abus d'amasser secrètement notre argent, n'est pas le seul qui ait rapport au talent de la Kichesse. Il n'est pas moins dangereux de le dépenser mal à propos; et je crois que les enfants, en général, sont plus souvent tentés de suivre le chemin de Mégaclès que celui de Philargyr."

" De Mégaclès, oncle ;" dit Marie d'un ton de surprise. " Je m'étais imaginée que son défaut était l'ambition et non l'extrava2:ance."

"Il est vrai," dit M. Mertoim ; " mais on peut le regarder comme représentant encore une classe plus considérable. Son histoire nous montre particulièrement la folie qu'il y a de dissiper pour des objets purement mondains, ces richesses qui auraient pu nous amasser un trésor dans les Cieux. C'est réellement une extravagance d'agir ainsi. Il importe peu, pour parler le langage de l'histoire, que nous les employions à construire de simples villas de plaisir, ou des tours de la Eenommée. Les enfants qui, négligeant les pauvres, dépensent ce qu'ils ont pour leurs propres plaisirs, commencent à prendre le chemin de Mégaclès."

" Mais," demanda Marie, "lui ressemblentils aussi dans son ambition?"

" Sans aucun doute," répondit son oncle ; " mais les moyens avec lesquels ils peuvent acquérir cette espèce de satisfaction propre.

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sont en apparence si ordinaires, que vous pouvez avoir quelque difficulté à en tracer la ressemblance. Lorsqu'ils prodiguent l'argent, les parures, ou quelque autre chose, dans l'intention d'exciter l'admiration de leurs camarades, ils se rapprochent davantage du péché particulier de Mégaclès. Mais ne dit-on point, à la fin de l'histoire, qu'Euprépès aussi avait élevé une tour en secret?"

" Oui," répondit Marie ; "et tandis qu'il faisait profession de soulager les pauvres, il ne cherchait, ainsi que Mégaclès, qu'à s'attirer les applaudissements de ses concitoyens."

" C'est," continua M. Mertoun, '' une espèce d'ambition à laquelle les enfants sont particulièrement exposés. Il n'y a pour eux aucun moyen d'acquérir plus sûrement des applaudissements, que de donner aux pauvres. Chaque acte de bienveillance sera certainement suivi d'une certaine quantité d'éloges. Mais s'ils

en font le motif principal de leur don, ils reçoivent leur récompense sur la terre, et ils la perderont dans les Cieux. Yous rappelezvous l'avertissement que Kotre Sauveur a donné à ses disciples à ce sujet?"

"Il leur dit," répondit Marie, "que s'ils faisaient leurs aumônes devant les hommes, pour en être vus, ils ne recevraient aucune récompense de leur Père, qui est dans les Cieux."

" Oui," continua M. Mertoun ; " et il ajouta le précepte suivant: — ' Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache point ce que fait ta droite ; afin que ton aumône soit dans le secret; et ton Père qui voit ce qui se fait en secret, t'en récompensera publiquement.' (St. Matt. vi. 8, 4.) Ces paroles vous suggèrent-elles quelque difficulté?"

" Je voulais vous demander," dit Léonard, " si elles signifient que nous devons faire un secret de, chaque chose que nous donnons."

'' Elles ne peuvent avoir cette signification," répondit M. Mertoun; " car ISTotre Sauveur nous a dit ' aussi de faire luire notre lumière, afin qu'ils voient nos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient notre Père qui est aux Cieux. Par le commandement ' que notre main gauche ne saclie pas ce que fait notre droite,' il faut entendre que nous devons fuir tout sentiment de satisfaction personnelle dans l'accomplissement de nos bonnes œuvres; et, par conséquent, éviter les applaudissements du monde. Mais nous ne pouvons nous empêcher de savoir alors ce que nous donnons nous-mêmes; et quelquefois même il est de notre devoir de le faire connaître aux autres."

" Et cependant," observa Marie, " si nous agissons de la sorte, ne faisons-nous pas réellement l'aumône par devant les hommes?"

^' Oui," répliqua M. Mertoun ; " mais nous

ne la faisons pas dans le but d'en être vus. C'est le don fait dans ce but qui est défendn par Notre adorable Sauveur. L'aumône n'est pas nn devoir facile, et les enfants en particulier ont besoin des avis d'autrui pour la manière de la faire. Ils ne peuvent même pas découvrir par eux-mêmes, les objets qui sont convenables pour leurs aumônes. Ils peuvent cependant demander qu'on leur enseigne comment ils doivent donner; et placer leurs offrandes entre les mains de leurs amis, sans en attendre d'autre récompense que celle qui leur est promise dans les Cienx. Vous souvenez-vous, Marie, que lorsque vous étiez petite, votre mère venait vous entendre dire vos prières, et cependant ce n'était pas pour qu'elle les entendît que vous les disiez : elle vous enseignait à prier, mais les paroles s'adressaient à Dieu. Me comprenez-vous?" " eTe le pense," répondit-elle; " mais n'y a-t-il

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aucune différence entre les enfants qui donnent, uniquement dans le but de recevoir des louanges de leurs amis, et ceux qui donnent suivant de justes raisons?"

" Quelquefois, peut-être, la différence n'est pas sensible;" répondit M. Mertoun ; " mais elle existe toujours. Eappelez-vous quand on dit : ' Qui voit ce qui se fait en secret,' cela ne signifie pas seulement que Dieu voit ce qui se fait dans une chambre secrète, mais qu'il voit les pensées secrètes du cœur. Il peut y lire clairement et distinctement le motif exact de nos dons; et, de même que ceux que l'on dit cachés avec soin, peuvent dans leur véritable secret, provenir de l'ostentation ; de même aussi ceux que l'on donne publiquement, peuvent être à ses yeux, comme les offrandes secrètes de Sophrône."

Mais Marie ne fut pas encore entièrement satisfaite. " Je sais, mon oncle," dit-elle, " que

nous devons chercher à imiter Sophrône dans les motifs de nos aumônes. Un enfant ne peut-il en aucune manière l'imiter dans la manière de les distribuer?"

" Ils peuvent également l'imiter en cela," répondit M. Mertoun; "cependant la ressem^ blance est imparfaite. Ils peuvent éviter tout étalage inutile; ou, encore, ils peuvent tenir secret ce qu'ils ont déjà donné, ou le sentiment intérieur qui accompagne toujours l'aumône, ou la privation qu'ils s'imposent en la faisant. Tout cela est comme une provision secrète qui ajoute à la valeur de nos offrandes en vue de Dieu, si nous n'attendons notre récompense que de lui seul. Mais il est difficile d'établir une règle rigoureuse. Les dif-' férentes parties de cette histoire, qui, ainsi que je l'ai dit, ont été distinguées et séparées avec intention, paraissent souvent se confondre, et il est difficile de les adapter à certaines

circonstances opposées de la vie. Cependant je crois que, dans la pratique, vous trouverez rarement des difficultés. Lorsque nous suivons le chemin qui nous est marqué, chacun de nos pas est le plus suffisamment dessiné, quoique nous ne puissions voir à une grande distance. Eappelez-vous seulement que les pauvres vous sont envoyés par Dieu ; que par conséquent il n'est pas juste que vous entassiez en secret votre argent, ou que vous le dépensiez pour vos propres plaisirs, tandis que vous ne faites rien pour les soulager dans leurs besoins; rappelez* vous également que vos offirandes doivent être faites pour l'amour du Christ, et sans aucun espoir de récompense ici-bas : alors ce ne sera pas en vain que l'histoire des Messagers du Eoi vous aura été racontée. Les événements de chaque jour de votre vie, vous faciliteront mieux les moyens de vous l'appliquer à vous-mêmes,"

Excepté une seule question qu'il fit, Léonard était demeuré silencieux et attentif à la nn de la conversation. Il paraissait ne partager en rien les doutes de sa sœur. Cependant lorsque l'heure habituelle sonna, pour que les enfants allassent reposer, il parut inquiet d'être resté en arrière. Mais Marie l'appela, et il alla l'accompagner. M. Mertoun était demeuré seul. Il avait remarqué que l'histoire avait fait impression sur les enfants; mais, dans cette circonstance, il avait modéré sa joie, en pensant que dans un court espace de temps, les sentiments qu'elle avait éveillés en eux, allaient disparaître. Il fat interrompu dans ses réflexions par un léger bruit de pas qu'il entendit à la porte. Le loquet tourna doucement, et Léonard entra. Il était seul. Il avait à la main quelque chose qui brillait, il le donna à son oncle, en prononçant quelques mots à voix basse. M. Mertoun lui

répondit, les larmes aux yeux : •' Que Dieu vous bénisse, mon clier neveu; vous avez découvert la véritable morale de mon liistoire. Poursuivez dans la route que vous avez commencé à prendre, et votre chemin sera net." L'offrande que Léonard venait de faire, était l'or qu'il gardait secrètement depuis si longtemps ; et les paroles dites à voix basse, étaient celles-ci : " Pour le ]\[essager du grand Eoi, qui est venu ce matin frapper à votre porte."

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