Ov., XII
Il6 LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
ques légendes, qui, du reste, se trouvent encore ailleurs ; mais il semble avoir fui les occasions de lui emprunter un de ces larges tableaux de bataille où excelle le vieil aède. Et pourtant il y a dans les Métamorphoses des actions héroïques, et il ne pouvait pas en être autrement ; les noms de Cycnus, de Cadmus, de Persée, de Jason, de Thésée ou d'Enée évoquaient avant tout dans Tesprit des images guerrières, auxquelles il était impossible de ne pas faire une place, ne fût-ce que pour produire cette variété d'effets, qui est un des éléments essentiels de Tart d'Ovide ; il a entrepris les Métamorphoses après ses poèmes d'amour avec l'intention de se plier à un genre plus noble et plus sévère ; quoique ce fût beaucoup présumer de ses forces, il fallait au moins qu'il tentât de mêler quelques combats à ses tableaux erotiques ou merveilleux; il ne pouvait s'en dispenser dans un poème en quinze chants, où il appliquait d'un bouta l'autre le mètre de l'épopée.
Le jugement qu'il a porté sur ses ouvrages dans son exil de Tomes nous donne à penser qu'il faisait assez bon marché des épisodes guerriers des Métamorphoses . 11 dit à l'Amour : « Tu ne m'as point permis de m'élever jusqu'au rythme Méonien*, ni de chanter les exploits des guerriers fameux ; peut-être ton arc et ton flambeau ont-ils détruit ce qu'il pouvait y avoir de vigueur dans mon talent ; tandis que je célébrais ton empire et celui de ta mère, il ne restait plus à mon esprit assez de loisir pour une grande œuvre*. » Voilà déjà un aveu qui nous dispose à l'indulgence. Ainsi quelques passages des Métamorphoses, où Ovide a fait retentir le son des armes, ne sont pas à ses propres yeux un titre suffisant pour qu'il se range parmi les émules de VIliade. Comment nous attarderions-nous à démontrer que ses guerriers n'ont pas la grandeur morale qui distingue ceux d'Homère^, que ses tableaux de bataille ne nous émeuvent pas parce qu'il n'est pas ému lui-même, et enfin qu'aucune des figures qu'il y fait paraître n'excite véritablement l'intérêt? Pour que ce genre de sujets nous passionne, il faut que le poète nous montre au premier plan quelques héros, qu'il ait su nous rendre chers ; il faut qu'à leur sort soit attaché celui d'un grand nombre d'hommes, que nous prenions parti pour eux, que chaque trait qui siffle autour de leur tête nous fasse trembler pour leur vie. Il
1. Dont le modèle a été donné par le poète de Méonie," Homère.