Gaston Boissier, Promenades archéologiques y p
que ses procédés sont absolument ceux de nos contemporains. On a dit des Alexandrins qu'ils avaient cultivé ce qu'on appelle aujourd'hui « l'art pour l'art » ; on peut le dire d'Ovide, et aussi de quelques-uns des poètes qui fpnt le plus d'honneur à notre siècle. C'est un sophisme de prétendre que l'art tient lieu de la morale ; mais il est encore la dernière des jouissances nobles lorsque s'est évanouie la foi dans les anciens principes, qui donnaient aux âmes la paix, la sérénité et la grandeur.
Les tableaux héroïques des Métamorphosea s'adressant surtout aux yeux, il s'ensuit que Fauteur a dû, comme les artistes dont il s'inspire, préciser ce que les poètes anciens laissaient dans le vague ou s'abstenaient volontairement d'exprimer. Non seulement il s'est résigné à cette précision, mais, comme elle était une conséquence nécessaire de son système descriptif, il l'a recherchée et poussée aussi loin qu'il l'a pu, et c'est encore ce que lui ont enseigné les Alexandrins. Si une divinité fluviale est un homme dans la force de l'âge, et si le but de l'art est de donner l'illusion de la réalité, il faut que le poète, comme le sculpteur, quand il nous montrera l'Achéloùs, choisisse entre le fleuve et l'homme, et, s'il se décide pour l'homme, qu'il fasse saillir tous les muscles de son corps, qu'il en note avec soin les gestes et les attitudes. Au temps d'Homère cette distinction est inconnue ; les forces de la nature et les dieux qui les personnifient forment un tout vivant et indissoluble ; quand le poète raconte la lutte d'Achille et du Scamandre*il emploie, pour décrire l'action du fleuve, des images qui se pénètrent en quelque sorte les unes les autres, nous donnant tantôt l'idée d'un guerrier qui combat, tantôt celle d'une eau qui déborde, et l'impression est grandiose^. Sophocle à son tour doit rappeler la lutte d'Achéloùs contre Hercule ; il subsiste encore chez lui quelque chose de la conception primitive ; « du menton du dieu, comme d'une source, jaillit une eau abondante. » Mais Sophocle ne va pas plus loin ; il aime mieux envelopper cet épisode de mystère que de tenter une association d'images déjà difficile de son temps ; il prête ces paroles à un de ses personnages : « Je ne dirai pas les vicissitudes du combat, car je les ignore ; a quiconque assistait sans peur à ce spectacle de les raconter^. » La réserve de