‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 117 sur 251 · Jules Girard, Le sentiment religieux en Grèce, p · texte numérisé non relu

Jules Girard, Le sentiment religieux en Grèce, p

'6. Sophocle, Trachin., 9-28.

I2/i LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE

Sophocle est encore de la piété. Pour Ovide' son parti est pris : Achéloùs sera un homme, un lutteur redoutable, rompu à tous les secrets de la palestre. Il faut bien cependant respecter la donnée traditionnelle ; Achéloùs a le don de changer de forme à volonté ; dans cet instant critique, se voyant près d'être vaincu à la lutte, il s'était, disait la fable, transformé en serpent, puis en taureau. L'imagination des contemporains d'Ovide l'admet encore comme une de ces traditions qui sont le bien commun de tous les poètes ; mais elle ne lui fait pas un plus long crédit; en revanche elle exige qu'il décrive avec animation et fidélité un lutteur, un serpent et un taureau, tous les trois dans le feu du combat. Et alors le plus haut degré de Tart, ce n'est pas, comme au temps d'Homère, de produire sur l'âme une forte impression en accumulant des traits qui la laissent pour longtemps indécise et troublée ; c'est, tout au rebours, d'emprunter à la réalité des images si précises, si nettes, si lumineuses qu'elle croie voir dans des fictions des corps semblables h ceux qu'elle connaît. L'illusion ne durera qu'un instant, le temps d'aller au bout du vers; qu'importe ? N'est-ce donc rien que de procurer ce plaisir à des esprits cultivés, par conséquent peu dociles, et de leur faire une douce violence, grâce à la magie des mots ? Pour mieux y réussir, Ovide place le récit dans la bouche d'Achéloiis lui-même ; le dieu dit comment est née sa querelle avec Hercule, les propos injurieux qu'ils ont échangés avant d'en venir aux mains ; il montre même du doigt son front mutilé, témoignage de la véracité de ses paroles ; ce tour aisé et familier achève de donner à une scène héroïque une apparence naturelle, qui sollicite la confiance. Ce caractère des Métamorphoses vient, comme beaucoup d'autres, de la poésie alexandrine ; on l'établirait sans peine par l'analyse des contes épiques de Théocrite, les Dioscures, le jeune Hercule, Hercule et le lion de Nèniée'^. W faut bien dire, pour être sincère, que même dans ce genre de tableaux Ovide n'est pas toujours égal à ses modèles : lorsque par exemple il montre Jason domptant les taureaux de la Colchide, puis combattant les guerriers nés des dents du dragon, son récit est bien terne à côté de celui d'Apollonius';

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