‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 118 sur 251 · Apollon., Argon. ylll, 1278-1407; Ov., VII, ioo-i · texte numérisé non relu

Apollon., Argon. ylll, 1278-1407; Ov., VII, ioo-i

mais il n'est pas de moitié aussi long; il semble qu'il soit traité comme un morceau intermédiaire, sur lequel l'auteur avait hâte de passer*..

Tout ce qui éloignait Ovide de l'épopée guerrière devait le rapprocher de Tépopée d'aventures; quand on connaît ses goûts, on ne saurait s'étonner que dans les Métamorphoses il se mesure d^assez près avec VOdyssée, tandis qu'il laisse VIliade intacte. h^Odjrssée, d'une structure moins simple et d'un esprit déjà plus moderne, faisant une part plus large à l'observation, s'adressant à la curiosité du lecteur plus qu'à ses sentiments*, devait naturellement l'emporter dans ses préférences. Il n'a pas craint, au XIV® livre, de revenir à un morceau dé ce poème imité par Virgile quelques années auparavant, au fameux épisode d'Ulysse chez Polyphème. Il suppose, comme Virgile, qu'un compagnon d'Ulysse, nommé Achéménide, abandonné dans l'île du Cyclope, raconte ce qui se passa après le départ du héros ^. Nous avons ici une bonne fortune trop rare dans cette étude, celle de pouvoir rapprocher des Métamorphoses deux autres textes dont rien ne s'est perdu. Que le personnage d'Achéménide soit ou non de l'invention de Virgile*, il est clair qu'Ovide suit de près son devancier et qu'il a eu l'intention formelle de l'indiquer lui-même"'. Nous n'avons pas à comparer entre eux les deux auteurs latins, mais il est curieux de voir comment Ovide a glané dans le texte grec quelques traits que Virgile y avait laissés.

1. Parmi les tableaux héroïques, auxquels s'appliquent les observations développées dans ce paragraphe, voyez encore: Cadmus et le serpent, III, i-i3o; Persée et le monstre marin, lY, 663-752 ; Apollon et le» Niobides, VI, 1 46-3 12 ; Méléagre et le sanglier de Galydon, VIII, :j6o-429 ; la course d'Atalantc, X, 56o- 680; Achille et Gycnus, XII, 39-145.

2. Maur. Groiset, Histoire de la littérature grecffue^ I, p. 346.

3. Hom., Od., IX, io5-566 ; Virg., En., III, 588-691; Ov., XIV, 154222.

4. On admet en général qu'il est de Tinvention de Virgile ; pourtant il peut fort bien venir de Naevius, d'Ennius, ou d'un autre auteur du mémo temps.

5. Quand Virgile dit consertum tegumen spinis (oij\) et Ovide, spinis couserto tegmine nuUis (166), on ne peut pas voir là seulement une imitation ; c'est en réalité une citation. Voilà un de ces passages où il faut appliquer le mot de Gallio sur la Médée d'Ovide : « palam imitatus est hoc animo ut vellet agnosci ».

Notons (l'abord que cette idée de repasser sur les traces du plus illustre poète de Rome est de la part d'Ovide un pur dilettantisme; rien ne Tobligeait à parler d'Achéménide, riqn même ne l'y invitait, et il semble que la plus simple prudence dût l'en détourner : aucune métamorphose n'est liée à l'histoire de ce personnage; les soixante vers où elle est racontée n'ont aucun rapport avec le sujet général de l'ouvrage. Ceci est très significatif; puisqu'Ovide, sans que rien l'y contraigne, rivalise, dans l'imitation d'Homère, avec le plus grand des poètes contemporains, on peut en conclure d'une manière générale qu'il n'a pas cru devoir éviter les sources grecques auxquelles les écrivains de sa nation avaient puisé avant lui. 11 n'est pas de ceux que préoccupe beaucoup le souci de trouver des idées nouvelles ; toute son attention se porte sur la forme, et il a assez de confiance dans ses propres ressources pour être certain qu'il saura la varier à son gré. C'est même là un jeu auquel il prend plaisir, comme les Alexandrins*, et qui stimule sa verve. 11 n'y a, du reste, chez lui, aucune prétention de faire oublier Virgile ; car il l'a toujours salué comme le maître incontesté de l'épopée latine*. On voit bien aussi qu'il a cherché à modifier le thème. Virgile nous montre Achéménide en Sicile accourant au devant des Troyens : ceux-ci ne connaissent encore rien de l'aventure d'Ulysse chez le Cyclope ; par conséquent, le poète, si bref qu'il soit, peut la raconter depuis le commencement; il dit la barbarie de Polyphème et le châtiment qu'on lui a infligé,. Dans les Métamorphoses Achéménide, sauvé par les Troyens et parvenu à Gaëte avec eux, y rencontre Macarée, un de ses anciens compagnons ; il ne peut raconter ce que Macarée connaît aussi bien que lui, le drame dont l'antre de Polyphème a été le théâtre ; Ovide devra se borner aux événements qui ont suivi le départ d'Ulysse et de Macarée. Mais il est clair que la matière est maigre ; Virgile l'avait traitée en six vers^; alors Ovide se rejette hardiment sur les souvenirs communs d'Achéménide et de Macarée; après tout, deux anciens compagnons d'armes qui se retrouvent ont-ils jamais un autre sujet d'entretien ? Nous voilà donc ramenés tout droit à Homère, et Ovide sait bien ce qu'il fait ; car rien ne lui eût été plus facile

1. Dans les Argonautiques Apollonius a repris plusieurs épisodes qui avaient été traités par Gallimaquc dans les Aetia ; Schneider, CaUimachea, II, p. 78.

2. Ov., Am.j III, i5, 7; Rem. y Sgô. Il n*y a pas moins de respect dans les Tristes, IV, 10, 5i.

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