XIX. — Lafaye. — Ovide
l3o LES MÉTAMORPHOSES d'ovIDE
de Thessalie en lonie la traversée n'est ordinairement ni longue, ni périlleuse ; mais une tempête s'élève pendant la nuit ; Céyx trouve la mort dans les flots. Ovide cherche bien à nous émouvoir par la peinture des éléments déchaînés, et il le faut d'ailleurs pour que nous nous intéressions au personnage ; on voit qu'il se souvient de YOdyssée et de VÉnéide, et aussi qu'il reste, dans cette partie, au-dessous de ses modèles*. C'est qu'en général il ne trouve pas l'expression puissante et dramatique, lorsqu'il s'agit de rendre les spectacles sublimes de la nature. Mais comme il prend sa revanche dans la description de l'activité humaine! Il nous fait assister aux adieux des deux époux, au départ du navire, à toutes les péripéties de la manœuvre : « Céyx voudrait tarder encore ; mais les matelots sur deux files amènent les rames contre leur forte poitrine et à coups égaux fendent les vagues. Alcyone a levé ses yeux humides ; d'abord elle aperçoit, debout sur la poupe recourbée, son époux qui agite la main pour lui envoyer un dernier adieu et elle lui répond par le même signe. Déjà la terre a reculé dans Tespace ; lorsqu'on ne peut plus distinguer les visages, ses yeux suivent encore le vaisseau qui fuit et, lorsque la distance le leur dérobe, ils s'attachent à la voile qui flotte au sommet du mât. La voile a disparu ; alors Alcyone regagne anxieuse sa couche solitaire et y prend place; sa couche, sa chambre font de nouveau couler ses larmes et lui rappellent qu'une partie d'elle-même est absente. On était sorti du port et le vent agitait les cordages ; les matelots tournent contre le bord les rames pendantes, hissent les vergues au sommet du mât et déploient tout entières les voiles qui se gonflent au souf&e du vent. Déjà le navire avait accompli au moins la moitié de sa course et l'on était à une grande distance des deux rivages, quand, vers la nuit, les flots de la mer commencent à blanchir et l'Eurus à charger avec plus d'impétuosité. « Allons, amenez les vergues! crie le chef, et carguez les voiles ! » Il dit, mais la tempête venant de face empêche qu'on entende le commandement, le fracas des vagues couvre le son de la voix. D'euxmêmes cependant quelques-uns se hâtent de retirer les rames, d'autres bouchent les flancs du vaisseau, ou détendent les voiles; celui-ci épuise l'eau et rejette les flots dans les flots; celui-là enlève les vergues. Pendant que ces manœuvres s'exécutent en désordre, l'ouragan redouble de furie » Voilà un tableau