I. Voyez notamment Ov., XI
qu'Ovide n'a emprunté ni à Homère ni à Virgile ; il est même probable qu'il ne Ta emprunté à personne. Vers l'âge de dix-sept ans il avait été à Athènes pour compléter son éducation^; un peu plus tard, à ce qu'il semble, il avait fait avec son ami Macer un voyage en Asie-Mineure ; il avait aussi visité la Sicile ; il y était resté près d'un an'. Il n'avait peut-être jamais vu de tempête quand il a écrit les Métamorphoses ; mais il avait vu la mer d'assez près pour éprouver la sensation des dangers qu'on y peut courir. « L'un près de l'autre, dit-il k son ami Macer, nous avons sillonné l'onde azurée sur un navire aux vives couleurs... C'est quelque chose d'avoir frémi ensemble au milieu des périls de la mer et d'avoir adressé en commun nos vœux aux divinités des flots ^. » Ce qu'il avait vu surtout et noté avec soin dans sa mémoire, c'étaient les adieux sur le port et le va-et-vient des matelots empressés à la manœuvre. Si dans toute cette scène il n'a pas la grandeur et la force, il a la justesse, la précision et l'élégance. Par ces mérites il se range immédiatement après les plus grands ; car lui aussi il nous découvre un aspect de l'humanité ; il sait nous intéresser, sans jamais tomber dans le réalisme bas, à toute une part de la vie des hommes, qui n'est pas, si l'on veut, la plus noble, mais où ils mettent encore beaucoup d'eux-mêmes. Dans ses bons endroits il sait aussi exciter en nous les émotions douces, l'attendrissement ou la pitié, d'autant plus facilement que ses personnages sont plus près de nous ; Céyx nous touche parce que nous ne voyons en lui qu'un simple particulier, qui, pouvant jouir en paix du bonheur domestique, le perd à tout jamais dans une catastrophe trop commune. 11 est bon qu'au-dessous des poètes augustes, de ceux que les Latins appelaient vates, il y en ait d'autres qui nous offrent dans un cadre plus modeste le tableau fidèle de notre vie quotidienne et des accidents qui la traversent. Ceux-là, quoique de second rang, sont les premiers qu'on doive faire lire à la jeunesse ; car elle voit d'abord le monde comme ils l'ont vu, par ses aspects les plus ordinaires et les plus rapprochés. Il faut bien, pour se rendre compte de l'évolution de l'art, descendre d'Homère à Virgile et de Virgile à Ovide ; mais on a toujours pensé avec beaucoup de sagesse qu'Ovide devait préparer les jeunes esprits à comprendre Virgile et Homère : ce n'est pas j