‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 128 sur 251 · Couat, p. 223 et · texte numérisé non relu

Couat, p. 223 et

LA. NARRATION ÉPIQUE l35

Cérès, la légende d'Érysîchthon n'étant destinée qu'à exalter la grandeur et la puissance de la déesse. Ovide au contraire est entièrement libre de lâcher la bride à son imagination ; son but est de montrer un homme réduit par un besoin exceptionnel à une telle misère qu'il en vient a vendre sa fille comme esclave : n'exigeons pas de lui une rigueur et une correction dans le dessin, qui ne seraient pas de mise ici, quand bien même il en serait capable. Il faut qu'il nous explique une merveille, les métamorphoses d'Hypermestra, par une succession de plusieurs autres merveilles ; s'il lui faut de l'espace, du temps et de la fantaisie, accordons-lui sans hésiter tout ce qu'il demande : sa matière même lui en donne le droit.

Le récit d'Ovide, comme celui de Callimaque, comprend deux parties : le crime et le châtiment. Érysichthon est venu porter la hache dans le bois de Cérès ; suivi d'une troupe de serviteurs, prêts à la besogne, il a lui-même donné le signal en s'attaquant au plus beau des arbres sacrés. Chez Callimaque la scène est décrite avec une majestueuse simplicité; Cérès, espérant arrêter la main du téméraire, lui apparaît sous le costume de la prêtresse du temple ; comme il la repousse en blasphémant, elle se révèle sous ses véritables traits et lui annonce le supplice qui l'attend. Ovide a supprimé cette apparition ; il la remplace par une scène qu'il s'efforce de rendre dramatique en accumulant les hyperboles et en montrant dans Erysichthon la progression de l'audace sacrilège. Il veut donner une grande idée de l'arbre mutilé; Callimaque l'avait décrit en deux vers : « 11 y avait là un peuplier noir, un arbre immense touchant aux cieux, sous lequel les nymphes se jouaient, au milieu du jour*. » Ovide se rappelle les arbres sacrés qu'il a vus auprès des temples et dont il s'est amusé à embrasser le tronc avec ses amis : « Là s'élevait un chêne antique, d'une taille énorme, une forêt à lui seul ; le tronc en était ceint de bandelettes, de tablettes votives et de guirlandes, témoignages des faveurs de la déesse. Souvent les Dryades menèrent sous son ombre leurs rondes joyeuses ; souvent aussi, les mains entrelacées, elles formèrent un cercle autour de ses flaucs ; il ne mesurait pas moins de quinze aunes de tour ; il dominait les autres arbres autant qu'ils dominaient eux-mêmes les herbes couchées à leurs pieds. » Le premier vers de "Callimaque en a fourni trois à Ovide, le second cinq. Que l'on sente-là le procédé de l'ampli-

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