‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 129 sur 251 · I. Callimaque, Hymnes^ VI · texte numérisé non relu

I. Callimaque, Hymnes^ VI

l36 LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE

fication en usage dans les écoles, on ne saurait le nier; mais qui pourrait s'en plaindre, quand les images ajoutées par l'imitateur sont si vivantes ? Érysichthon a donné au chêne le premier coup de cognée; il en jaillit du sang. Un des serviteurs, effrayé par ce prodige, essaie d'arrêter le bras de son maître ; celui-ci lui tranche la tête, puis continue sa sinistre besogne, malgré les plaintes menaçantes qui sortent de Técorce, sous laquelle une nymphe est cachée ; enfin Tarbre, cédant à l'effort des cordes, tombé sur le sol. Toutes ces péripéties sont de l'invention d'Ovide ; il les substitue à l'intervention immédiate de Cérès, parce qu'il veut prolonger le drame. Il suppose que les Dryades éplorées vont « en habits de deuil » porter plainte a Cérès ; la déesse charge une nymphe des montagnes de se rendre de sa part auprès de la Faim et de lui confier sa vengeance ; la Faim se transporte en Thessalie. Voilà bien des démarches et des ambassades ; tout cela ne vaut pas la soudaine apparition de Cérès, imaginée par Callimaque. Mais c'est qu'Ovide a en réserve un de ces tableaux allégoriques où il excelle : il veut représenter la Faim chez elle, dans son séjour ordinaire, au milieu d'un paysage en rapport avec sa nature et ses attributions. Le tableau est en effet des plus ingénieux et il rend avec une étonnante richesse d'expression l'aspect d'un être décharné, traînant dans un désert une vie misérable. Ici l'admiration des partisans d'Ovide est très justifiée; à son tour il a trouvé dans ce genre beaucoup d'imitateurs ; aucun ne l'a surpassé.

La Faim est entrée dans la demeure d' Érysichthon pendant la nuit; il dormait la bouche ouverte; elle y fait pénétrer son souffle fatal, et déjà pendant son sommeil il ressent les premières atteintes du mal qui ne le quittera plus. Ovide s'est probablement inspiré, en ajoutant ce détail à son modèle, de certaines superstitions qui étaient populaires en Italie aussi bien qu'en Grèce*. Il revient enfin à Callimaque, lorsqu'il décrit les effets de la faim insatiable dont Erysichthon est tourmenté : « Déméter, disait le poète grec, fit entrer en lui une faim cruelle, sauvage, ardente, effroyable : une affreuse maladie le consumait. Plus l'infortuné mangeait, plus il voulait manger... Au fond de sa demeure, convive solitaire, il passait le jour à dévorer des mets sans nombre ; aucune nourriture ne suffisait plus à apaiser ses entrailles irritées; tous les aliments s'y engloutissaient vainement, sans le

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