I. Callimaque, /. c, 67 et
'2. Callimaque, /. c, ii5.
3. Il est piquant de constater, comme un indice des variations du goût public, que La Porte du Theil n'a pas osé le rendre dans sa traduction (1795).
l38 LES MÉTAMORPHOSES d'ovIDE
critique lui serait encore moins clémente. Il y a des hardiesses que fait passer un style grave et serré et qui paraissent choquantes dans un style fleuri.
Ovide a aussi laissé de côté un très joli morceau, où Callimaque a représenté les parents d'Érysichthon honteux du mal qui l'afflige, cachant leur fils à tous les yeux et inventant sans cesse de nouveaux prétextes pour le dispenser de se montrer en public. La Porte du Theil a très bien vu où tend ce procédé ordinaire de Tart alexandrin: « J'avoue, dit-il, que ces détails me paraissent charmants, parce qu'ils peignent la nature et qu'ils donnent au récit d'une fable l'air d'une histoire véritable *. » On peut s'étonner qu'Ovide n'ait pas cherché à les reproduire; car, lui aussi, il aime ce mélange de réalité familière et d'inventions fantastiques. Mais il faut réfléchir que son plan est assez diflérent de celui de Callimaque et qu'il lui est imposé par les nécessités du sujet. Dans le poème grec Érysichthon est un jeune homme ; il a encore son père et sa mère; nous voyons auprès de lui sous le même toit ses sœurs et sa nourrice*. Chez Ovide il n'est plus question de tous ces personnages; mais Érysichthon a une fille déjà nubile ; l'auteur suit manifestement une autre tradition que Callimaque; car Neptune, dans V Hymne à Cérès, est le grandpère d'Érysichthon ; dans les Métamorphoses il a séduit sa fille. Et pourquoi ces changements? Parce que sans Hypermestra Ovide n'avait même plus un prétexte pour introduire la légende d'Érysichthon dans les Métamorphoses, Nous y avons perdu, outre les pieux mensonges de la mère, les supplications pathétiques adressées par le père à Neptune.
On pourrait pousser plus loin cette comparaison avec les Hymnes de Callimaque si elle n'avait en elle-même quelque chose de forcé et par conséquent d'injuste. Ovide n'écrit pas des hymnes destinés à être récités dans une fête ; c'est un conteur qui vise avant tout à charmer les loisirs d'une société polie ; ses vers sont faits pour des lecteurs, qui ont comme lui le goût du merveilleux, sans s'inquiéter beaucoup des grands problèmes, et qui prisent avant tout la facilité, la grâce et l'harmonie dans la forme. Dirons-nous que son Actéon ne vaut pas le Tirésias de V Hymne à Pallas^? C'est certain, et cependant la première partie