‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 130 sur 251 · I. Cnisius» /. c, p · texte numérisé non relu

I. Cnisius» /. c, p

LA NARRATION lEPIQUE iSy

satisfaire, comme dans les abîmes de la mer^ » Ovide reproduit tous ces traits et il en trouve encore de nouveaux; c'est merveille de voir avec quelle fécondité il multiplie les variations sur le thème que lui fournit son devancier ; on n'en peut bien juger qu'en se reportant au texte même ; car ce qu'il y a de plus étonnant ici ce sont les ressources qu'il sait trouver dans le vocabulaire, en retournant sans cesse la même pensée sous différentes formes, sans se répéter tout à fait. Il n'a pas toujours bien usé de ce procédé ; mais dans le cas présent il est à l'abri du reproche; il faut que les images se succèdent sous nos yeux avec rapidité et qu'elles aillent toujours grandissant comme les plats sur la table d'Érysichthon ; le poète ne s'arrêtera, lui aussi, que quand il aura dépensé tout son bieii ; il n'est même pas mauvais qu'il nous lasse un peu ; il y a des dénouements qu'on ne saurait accepter si l'on n'a pas été ébloui au préalable, et celui qu'il nous prépare ne doit pas être examiné de trop près. Non seulement Erysichthon, à bout d'argent, vend sa fille plusieurs fois, mais il finit par se dévorer lui-même à belles dents. Callimaque avait terminé sur ce tableau saisissant: « Alors le fils du roi s'en fut s'asseoir dans les carrefours, mendiant des morceaux de pain et des aliments de rebut*. »

Ce sont ces « prestiges » d'Ovide, pour parler comme Quintilien, qui ont attiré sur son Erysichthon les sévérités des critiques; si nous voulons conclure à notre tour, il est impossible dé ne pas reconnaître que le modèle est très justement admiré et que la copie est inférieure ; le personnage d'Ovide, à force de s'éloigner de la simplicité tragique, finit par ressembler un peu trop aux ogres des contes de fées, dont on épouvante les petits enfants. Remarquons cependant que, s'il y a des hyperboles dans le poème latin, il y en a aussi dans l'hymne de Callimaque. Nous y voyons Erysichthon dévorer successivement les moutons de son père, ses bœufs, ses mulets, son cheval de course, son cheval de guerre, la génisse que sa mère engraissait pour Vesta « et jusqu'au chat, terreur des petites bêtes ». Ovide a supprimé cette énumération et le trait qui l'achève^. Supposons qu'il les eût conservés et que son modèle fût perdu : il est à présumer que la

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