Decharme, Euripide, notamment p. 49 et i
\t\k LES MÉTAMORPHOSES d'ovIDE
Si Ton énuméralt toutes les pièces d'Euripide qui par leur sujet présentent un rapport avec tel ou tel morceau des Métamorphoses, la liste en serait fort longue ; souvent même il y a plus qu'un rapport de sujet; la suite du développement, les pensées, le tour que Fauteur leur donne rappellent de très près Euripide; mais un détail, un nom propre nous montrent qu'il ne suit pas une version identique à celle qu'a choisie le poète grec. Et alors la question se pose ainsi. L'esprit dans lequel sont conçus un grand nombre de morceaux des Métamorphoses nous porterait à croire qu'Euripide en a fourni le modèle ; mais cet esprit est aussi celui des Alexandrins; là où les versions d'Euripide ne s'accordent pas avec celles des Métamorphoses pourquoi ne pas admettre que tout chez Ovide, le fond et la forme, vient également des Alexandrins, et d'eux seuls? Cependant il y a aussi des cas où nous pouvons juger plus sûrement de sa méthode. Au livre III il raconte comment Penthée, ayant refusé de rendre hommage à Bacchus, est mis en pièces par sa mère Agave et par ses tantes, à qui le nouveau dieu a inspiré un transport de fureur aveugle*: c'est la fable qu'Euripide a traitée dans ses Bacchantes, Chez les deux poètes nous voyons Tirésias conseiller vainement la prudence à Penthée; celui-ci proteste contre les honneurs que les Thébains rendent à Bacchus et il s'élance sur le Cithéron pour y surprendre le secret des mystères orgiaques célébrés par les femmes de sa maison; aussitôt qu'elles l'aperçoivent elles se jettent sur lui et le déchirent, le prenant pour une bête sauvage^ Quand bien même nous manquerions de renseignements plus précis, nous devinerions qu'Ovide imite ici une tragédie ; lorsque Penthée ordonne d'enchaîner Bacchus, le poète nous avertit dans une parenthèse que Tordre s'adresse à des serviteurs, personnages muets dont il n'a pas été question dans ce qui précède:
Ite citi (famulis hoc imperai) ite...^.
C'est que dans le poème dramatique il y a des choses qu'on peut se dispenser d'apprendre au spectateur par le dialogue ; ses yeux suffisent à l'en instruire ; un auteur d'épopée ne dispose pas de la même ressource. Il est manifeste qu'à ce moment Ovide