‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 138 sur 251 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

LA TRAGÉDIE ET LA RHÉTORIQUE l45

s'est inspiré d'une tragédie et qu'il a oublié d'indiquer les noms de tous les personnages en scène ; il s'aperçoit alors brusquement que l'apostrophe aux serviteurs, très claire dans son modèle, ne s'explique pas aussi bien chez lui; il ne refera pas la scène pour si peu ; mais il jettera au milieu du vers, dans une parenthèse, ce qui est strictement nécessaire pour que nous puissions tout comprendre*. En effet il est bien obligé de résumer la plus grande partie de l'original, sauf à insister sur une scène qui lui plaît ; la pièce d'Euripide a près de quatorze cents vers; l'imitateur doit par endroits presser le pas, supprimer les liaisons, indiquer une situation d'un mot, et parfois il lui arrive de se hâter un peu trop. Euripide raconte, dans le dénouement, que Penthée a été conduit sur le Cithéron par Bacchus lui-même, qui médite sa perte ; là, avec le perfide secours du dieu, il s'est caché dans le feuillage d'un pin pour épier les Bacchantes ; mais elles font l'assaut de l'arbre jusqu'à ce que Penthée soit tombé entre leurs mains. Il n'y a rien de semblable chez Ovide ; M. Knaack en conclut que son dénouement est emprunté à un autre poème que la tragédie d'Euripide ; ce serait l'idylle apocryphe sur les Bacchantes, qui figure dans le recueil de Théocrite^. Le principal argument de M. Knaack c'est que le poète alexandrin et le poète latin sont beaucoup plus rapides dans leur marche que l'auteur de la tragédie. L'argument n'est pas décisif; les différences constatées entre Ovide et Euripide prouvent simplement qu'Ovide a procédé par retranchement lorsqu'il touchait aux scènes qui n'avaient dans son dessein qu'un intérêt secondaire ; il n'avait pas besoin d'un nouveau modèle pour apprendre à aller vite ; c'est la chose qu'il est le plus facile d'apprendre tout seul ^.

Mais au milieu du récit emprunté à la tragédie des Bacchantes Ovide intercale un épisode qui provient d'une autre source : c'est la légende des matelots tyrrhéniens changés en dauphins par Bacchus. Il suppose que le dieu, traîné devant Penthée, a pris le nom d'Acétès et qu'il raconte lui-même le miracle, afin de convertir son ennemi au nouveau culte. La légende était ancienne;

1. Chez Euripide on voit les serviteurs sur la scène (Eurip., Bacch., 352); l'un d'eux prend même la parole (434-45o).

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