Ps. Lactantius Placidus, Narrationes falnilnrum. II
l\. Knaack, p. 67.
5. Ehwald dans Iwan von Miiller, Jahresber., XLIII (188G), p. 157 à 160. Les vues de Knaack sur le Phaéthon alexandrin sont adoptées par Eitrem dans le Philologus LVIIl (1899), p. 46i et par Vollgraff, De Ovidi mythopoeia, Berlin, 1901, p. 55, mais avec quelques corrections.
reconnaître la main d'Ovide dans la manière dont elles sont enchaînées l'une à l'autre. De même au début nous voyons Epaphus, fils d'Io, contester à Phaéthon la gloire d'avoir le Soleil pour père; M. Knaack lui-même ne doute pas que ce détail soit une invention d'Ovide, destinée à lui fournir la transition nécessaire pour passer de la fable d'Io a celle de Phaéthon. Il n'est pas vraisemblable que l'auteur d'un manuel en prose se fut soucié de ces artifices. M. Ehwald a donc une autre idée ; il suppose que le mélange est l'œuvre d'Ovide lui-même : mais Ovide n'aurait pas lu la tragédie d'Euripide ; il ne la connaîtrait que par un sommaire, comme les scoliastes en ont laissé dans nos manuscrits en tète de certaines pièces du théâtre grec : autrement les rapports que le récit des Métamorphoses présente avec le Phaéthon d'Euripide seraient bien plus étroits. On a quelque peine à accepter cette conclusion : pour une partie de la fable Ovide aurait donc lu et imité directement l'anonyme alexandrin, pour l'autre partie il n'aurait pas jugé à propos de lire ou de relire la pièce d'Euripide dans le texte : cette proposition seule suffit à faire sentir l'invraisemblance de l'hypothèse. Pourquoi Ovide dans une même fable aurait-il appliqué deux systèmes différents, suivant le modèle auquel il avait affaire, et pourquoi le plus illustre seraitil justement celui qu'il aurait sacrifié? Si épris des Alexandrins qu'on le suppose, on ne saurait sans témérité admettre une pareille solution, d'autant plus qu'elle n'est pas justifiée par les observations que nous avons déjà faites sur les rapports des Métamorphoses avec d'autres tragédies d'Euripide. Nous n'avons du Phaéthon que quelques fragments ; si on en découvrait de nouveaux, rien ne nous dit que l'imitation d'Ovide ne nous paraîtrait pas plus fidèle. Le plus sûr est encore d'admettre qu'il a procédé avec le Phaéthon comme avec les Bacchantes ; il s'est adressé d'abord à Euripide, puis il l'a quitté pour des poètes plus récents '.
Ainsi il ne faut pas trop se hâter de déclarer qu'Ovide a beaucoup puisé dans les tragiques grecs; on doit d'autant mieux se tenir en garde contre cette hypothèse qu'elle paraît plus séduisante. Comme on le voit, le problème est délicat; ce qui le complique encore c'est que la plupart des sujets qu'Ovide pourrait
I. Plaehn, p. lo à 12, trouve encore des rapports entre Ov., W , (Î63 îi -5i et V Andromède d'Euripide, fragm. ii4 à i56. Il suppose que les Pétuideu du môme auteur, fragm. 601 à 616, pourraient avoir fourni le modèled'Ov., VIK \'n\h 3^9, plutôt que les 'Pt^oTop.oi de Sophocle.
l5o LES MÉTAMORPHOSES d'ovIDE
avoir empruntés aux tragiques grecs, notamment à Euripide, avaient été traités aussi par les tragiques latins. Dès lors à quelle idée s'arrêter? A-t-il imité les grecs, ou les latins? Et comment pourrions-nous en décider, puisque des premiers nous n'avons bien souvent que des fragments, et que nous n'avons jamais autre chose des seconds? Il vaut cependant la peine d'examiner la question sur un exemple. Si Ton en croit un critique \ ce serait le Méléagre d'Accius, non celui d'Euripide, qui aurait servi de source à Ovide dans la Chasse du sanglier de Calydon ^. 11 est certain que l'auteur des Métamorphoses faisait cas d'Accius ; il l'a nommé à côté d'Ennius comme un des modèles du genre, et même, tandis qu'il reproche à Ennius de manquer d'art, il ne trouve qu'a louer chez Accius ; il vante le soufQe ardent qui anime ses tragédies ; sans doute il appréciait en lui, outre l'énergie avec laquelle il avait su mettre en action les horreurs de la fable, le mérite d'avoir approché davantage de la pureté classique^. Dans le Méléagre d'Accius, comme dans celui d'Euripide, on voyait la jeunesse de Calydon se rassembler pour délivrer le pays du sanglier monstrueux qui la désolait ; la belle Atalante venait se joindre aux chasseurs ; elle inspirait aussitôt une violente passion à Méléagre; après la chasse, il lui attribuait la dépouille de la bête, malgré lesprotestations'des Thestiades, frères de sa mère Althée, et comme ceux-ci voulaient s'en emparer par la force, il les attaquait et les tuait. Althée, prise d'un transport furieux, jetait au feu un tison auquel les Parques avaient attaché la destinée de son fils, et Méléagre perdait la vie\ Si l'on compare au récit des Métamorphoses les fragments d'Euripide et d'Accius, il est aisé de voir ce qu'Ovide a retranché. Dans ses premiers vers^ il résume le prologue, où ses prédécesseurs exposaient comment Diane, négligée par Œnée, père de Méléagre, avait déchaîné le sanglier sur le territoire de Calydon*. Mais
I. Immerwahr (W.), De Atalanta, diss. inaug., Berlin, i885, p. i4- 3. Eurip., fragm. 5i5 à 689 ; Accius, vers 44o à 463, dans les Tragic. roni. fragm. de Ribbeck, 3® éd. (1897); Ov., VIII, 360 à 546.
3. Sur les tragiques latins voyez Ov., Am.y I, i5, 19; Tristes, II, 369; sur Ennius, Art d'aim., III, 409; sur ses Annales, Tristes, II, 433.
4. Voyez les restitutions que donnent Ribbeck , Die rOmische Tragudie (1875), p. 5o6 à 531 et Kuhnert, art. Meleagros, dans Roscher, f.exikon d. Gr. u. B. Mythologie, p. 3598 (1896). La même légende a été chantée par Bacchylide, Odes,