XIX. — Lafaye. — Ovide
iGa LES MÉTAMORPHOSES d'ovIDE
pourrait-on peut-être se demander si, à défaut d'une pièce du maître, Ovide n'aurait pas imité celle d'un des tragiques grecs qui avaient paru après lui et si cet auteur de second ordre, demeuré fidèle aux habitudes d'Euripide, ne serait pas tout simplement Théodecte. Mais il y a une hypothèse qui vaut beaucoup mieux encore, c'est qu'Ovide a pris quelque chose à tous ceux qui avaient quelque chose à lui donner : à Eschyle le sujet, à Euripide ou à Théodecte la méthode, l'art de composer la scène, aux rhéteurs des traits et des figures*. Il est bien vraisemblable qu'aux yeux d'Ovide ce dernier secours était le principal. Il y avait plus de quatre siècles que l'on retournait le sujet sous toutes ses faces ; tous les arguments qu'il comportait avaient été trouvés et classés ; on ne pouvait plus qu'en varier la forme. Assurément c'est là surtout ce qui a fait au temps d'Ovide le succès des Métamorphoses] chaque légende avait ses lieux communs, c'est-à-dire non seulement des idées d'une vérité générale et humaine, mais des idées autrefois neuves, qui avaient fini par s'associer étroitement aux noms des personnages et aux péripéties du drame. Tout l'art était de les exprimer d'une façon personnelle, proprie communia dicere^. Nous en suivons la trace dans les débris des poèmes antérieurs à celui d'Ovide ; ce n'est pas à dire qu'il ait imité l'un plus que l'autre ; il les a tous lus, sa mémoire en a fondu la substance, et le jour venu il n'a eu qu'à y frapper une autre empreinte.
Mais il y a rhéteur et rhéteur. Nous avons conservé deux déclamations grecques qui portent exactement sur le même sujet que les deux discours des Métamorphoses^. L'auteur a, comme Ovide, donné beaucoup plus d'importance au discours d'Ulysse. Celui-ci est le type de l'orateur habile ; il a pour adversaire un soldat ignorant et grossier ; il sort vainqueur du débat ; l'écrivain qui le fait parler doit naturellement lui attribuer le rôle du protagoniste et lui communiquer tout son talent; chez Ovide, comme chez l'auteur grec, le discours d'Ulysse est une fois plus développé que celui d'Ajax. De là au premier coup d'œil un certain rapport entre le morceau d'Ovide et les deux déclamations. S'il fallait en croire les manuscrits, elles seraient l'œuvre d'un écrivain nommé
1. Sénèque, Controv.^ l. c. : « Adeo studiose Latronem audivit, ut multas ejus 5ententias in versus suos Iranstulerit. »