Pacuvius, vers 21 à 42 ; Accius, vers i45 à i
LA. TRAGÉDIE ET LA RHETORIQUE l6l
haine du vaincu, confie aux chefs de Tarmée le soin de trancher le débat. Déjà dans ce passage on peut noter des différences assez sensibles avec les poètes antérieurs ; chez eux la pièce ne débutait pas aussi simplement ; Pacuvius parlait d'abord des jeux funèbres organisés en Thonneur d'Achille ; Accius faisait paraître un personnage qui expliquait comment s'était allumé dans le cœur d'Ajax le désir furieux de posséder l'armure d'Achille*. Si nous considérons la partie de l'action qui suit les deux discours, nous voyons de même que Pacuvius et Accius avaient singulièrement étendu la matière ; Ajax vaincu et désespéré se jetait sur son épée ; Ulysse, trouvé près du cadavre, était accusé de meurtre ; il se défendait et on le renvoyait absous. Par conséquent les deux Romains avaient encore imité dans leur pièce plusieurs autres modèles grecs, au moins les Femmes thraces, les Salaminiennes d'Eschyle et VAjax de Sophocle*. Dans un ensemble aussi vaste il est bien ditBcile que les discours d'Ajax et d'Ulysse eussent reçu le même développement que chez Ovide. Si maintenant nous examinons les fragments des deux tragédies latines qui proviennent de ces discours, nous voyons qu'ils présentent, pour la pensée, des analogies assez notables avec le texte des MèLamor- ' phoses\ mais en somme l'analogie n'est pas rhoindre entre ce même texte et les fragments de la pièce d'Eschyle^, et comme celle-ci était renfermée dans un cadre beaucoup plus étroit que celles de Pacuvius et d'Accius, il y a bien des chances pour qu'elle ait séduit davantage l'auteur des Métamorphoses,
Pourtant cette dispute, cette sorte de procès, où chacune des parties plaide sa cause dans un monologue, rappelle surtout l'art d'Euripide ; il est peu probable que l'Ajax et l'Ulysse d'Eschyle aient tenu chacun un seul et long discours ; Quintus de Smyrne, qui imite, en les résumant, des poètes plus anciens, fait parler deux fois chacun des adversaires*. S'il y a dans les Métamor^ phases un morceau qui oflFre des ressemblances avec les duels oratoires^ chers à Euripide, c'est assurément celui-ci. Aussi
Pacuvius
Accius
Ovide
fr. I, II. III
fr. I
XII, 607 à 628
Pacuvius
Accius
Ovide
fr. VII, XVI
fr. IV, XV
XIII, 38a à 39a
3. Voyez la reconstitution de Ribbeck, Die rômische Tvagôdie^ p. 218 et 368 et le tableau de concordance ici à l'Appendice G.
4. Quintus de Smyrne, V, 181 à a36 et aga à 3o5 (Ajax) ; 389 à 290 et 807 à 3i6 (Ulysse).