‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 169 sur 251 · Eurip., HippoL, 38o; Ov., VII, ao · texte numérisé non relu

Eurip., HippoL, 38o; Ov., VII, ao

2. Voyez, par exemple, TibuUe, I, 5, ig-S^. Sur certains fragments d'un caractère bucolique dans Philétas voyez Couat, Poésie alex.y p. 77.

LA POÉSIE ROMANESQUE, L*IDYLLE ET l'ÉLÉOIE i8i

essentiels de la légende homérique, il a laissé dans Tombre tout ce qu'elle contenait d'horrible ; Polyphème est un jouvenceau rustique, mais non barbare ; son œil unique n'empêche point que les jeunes filles recherchent sa société ; il n'est pas bien sûr même que Galatée, qui s'amuse à l'agacer, n'ait pas pour lui quelque secret penchant et, comme il n'est pas sot, il sait à propos simuler avec elle le dédain, pour la piquer au jeu*. Ovide conserve au personnage la physionomie que lui a donnée Théocrite ^ ; l'imitation des deux idylles, et notamment de l'idylle XI, est manifeste dans le chant d'amour qu'il prête au Cyclope^. Ses idées et ses images se succèdent presque dans le même ordre que chez l'auteur grec; seulement chacune des divisions du discours est abondamment amplifiée ; amplifiée, est-il besoin de le dire, avec beaucoup d'esprit; a tel point que nous admirerions certainement sans arrière-pensée, si le modèle était perdu. Polyphème débute ainsi dans Théocrite : « O blanche Galatée, pourquoi repousser celui qui t'aime, o toi plus blanche à voir que le lait caiUé, plus délicate que l'agneau, plus pétulante que le faon, plus brillante que le raisin vert?... » A ces quatre comparaisons Virgile, qui a imité aussi ce passage^, en avait substitué trois ; il y en a quinze dans Ovide ; la quinzième est suivie d'une sorte d'antistrophe; après avoir énuméré les charmes de sa maîtresse, le Cyclope énumère ses défauts dans une nouvelle série de quinze comparaisons, ce qui, au total, en fait trente. Ovide s'amuse; et pourquoi non? C'est ici ou jamais le cas de lui en donner licence. Remarquons en effet que déjà chez Théocrite il y a dans la fable de Polyphème et Galatée un élément comique, ou, si l'on préfère, une pointe de malice et de gaieté, qu'autorise la tradition du chant bucolique ; Ovide l'a indiqué plus haut, peut-être d'après quelque auteur alexandrin^, quand il montre Polyphème soucieux de plaire, prenant un râteau pour se peigner, une faux pour se couper la barbe. Certains iambes de Catulle* nous porteraient à penser que ces comparaisons accu-

I. Jules Girard, Études sur la poésie grecque (i884), p. a6o. L'intention de Théocrite est présentée sous un jour un peu différent par Legrand, Étude sur Théocrite (1898), p. 89 et m.

3. Ov., XIII, 760 à 897. HoUand (G.-R.), De Polyphemo et Galatea^ dans les Leipziger Studien, VII (i884). p. 253, a fait une comparaison très minutieuse des deux auteurs.

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