Ov., XIII. 761, 770 à 775, 842 à
LA POÉSIE ROMANESQUE, l' IDYLLE ET l'ÉLÉGIE i83
jeune héros nommé Acis ; Polyphème le sait et la jalousie exaspère en lui tous les mauvais sentiments qu'il tient de la nature. En outre le récit est placé dans la bouche de Galatée elle-même ; elle a vu Acis succomber sous les coups du Cyclope ; il est naturel que celui-ci soit pour elle un objet d'horreur et qu'elle en fasse un portrait repoussant. Mais alors se pose une autre question : cette ingénieuse combinaison est-elle de l'invention d'Ovide ? Il est le premier auteur par lequel nous connaissions la légende d'Acis. M. Holland s'est efforcé de prouver qu'elle vient d'un épyllion de Callimaque, dont il subsisterait quelque chose dans divers fragments de ce poète \^M. Ehw^ald récuse les témoignages invoqués à l'appui de cette opinion ; il croit plutôt qu'Ovide a recueilli lui-même la légende sur place pendant un des séjours qu'il fit en Sicile ^ L'argumentation de M. Holland en effet n'est pas très convaincante ; cependant il paraît être dans la bonne voie ; on se persuadera avec peine qu'Ovide ait rien tiré directement de la tradition populaire ; on se le représente mal causant par la campagne avec des gardeurs de brebis. Théocrite n'était pas le seul parmi les Alexandrins qui eût chanté Galatée; sans parler de Callimaque, il était question des amours de Polyphème dans une élégie d'Hermésianax et dans une idylle de Bion ; il y a une présomption très forte que là est la véritable source de la version introduite dans les Métamorphoses \
Des bergers passons aux cultivateurs ; la fable de Philémon et Baucis* nous transporte dans une humble chaumière, habitée par deux vieillards, qui doivent à leur tendresse mutuelle tout ce qu'ils peuvent avoir de bonheur en ce monde. Le fond de cette idylle rustique a peut-être été emprunté, comme on le suppose, à l'ouvrage en prose d'un historien, aux Lyciaca de Ménécrate de Xanthe^ Mais on a depuis longtemps reconnu que sur une donnée d'origine obscure Ovide a jeté des ornements, dont VHécaléde Callimaque lui a fourni le modèle. Comme Thésée chez la pauvre Hécalé, Jupiter et Mercure reçoivent chez Philémon et
i. Holland, /. c, p. 366.
3. Ehwald dans Iwan von Mùller, Jahresh., XLl (i885), p. 160.
3. Holland, p. 338, 346 et 349. Voyez encore Rohde, Grieck, Roman, p. 77 et Plaehn, p. 16.