Ov., VIII
l86 LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
du campagnard Ofellus, il énumère les plats que celui-ci offrait à ses hôtes dans les grands jours : le dessert est à peu de chose près celui de Baucis\ Par conséquent Tidylle chez Ovide, comme chez beaucoup d'autres, côtoie la satire ; pour bien» apprécier la douceur de la vie champêtre, il faut avoir présente à Tesprit la vie malsaine des cités. Ce second service dans une cabane n'est pas un luxe ; il se compose de fruits et de miel ; à la campagne ce qui coûte le plus cher ce n'est pas le second service, c'est d'ordinaire le premier.
Si bien proportionné que soit l'aimable et touchant récit d'Ovide, on y saisit cependant la trace d'un raccord. Le repas des dieux est terminé ; ils se sont fait reconnaître par un prodige : le vin versé dans les coupes s'est renouvelé de lui-même ; le couple pieux est saisi d'étonnement et de crainte. Il semble que nous devions en rester là. Mais voici que Philémon veut ajouter au repas une oie, encore vivante en ce moment, qu'il se met à po.ursuivre de tous côtés pour la tuer et l'apprêter. Les dieux vont-ils donc manger cette oie après les fruits ? On a pensé avec vraisemblance que la scène de VHécalé n'était pas ici Tunique source d'Ovide^. Callimaque avait raconté dans ses Aetia une légende qui présente avec celle de VHécalé une singulière ressemblance ; il disait comment Hercule, avant d'aller combattre le lion de Némée, avait reçu l'hospitalité chez Molorchus ; celui-ci, pour lui faire fête, se préparait à tuer un bélier, le seul qu'il eût clans son étable ; mais Hercule arrêtait sa main et lui demandait de réserver l'animal ; Molorchus l'offrirait en sacrifice k sa divinité, s'il était vainqueur; à ses mânes, s'il était vaincu*. Ovide à ajouté un trait analogue à son tableau, pour donner une plus haute idée de la piété de Philémon et de Baucis ; en s'apercevant qu'ils ont affaire à des dieux, ils sont pris d'un scrupule et craignent de n'avoir pas épuisé, pour les bien traiter, jusqu'à leurs dernières ressources ; Hécalé n'avait pas les mêmes raisons de chercher un supplément au souper de Thésée. Le coup de théâtre et le miracle, que comportait la légende développée par Ovide, l'autorisaient suffisamment à unir dans une seule copie deux modèles, issus l'un et l'autre d'une même pensée poétique *.