LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE IQÔ
fin, comme il aurait dû le faire s'il avait eu la pensée qu'on lui prête. Cependant cette hypothèse contient une part de vérité: Pythagore prédisant les grandes destinées de Rome était mieux placé dans une époque toute voisine de sa fondation, à côté d'Egérie^ Il ne suffit donc pas de dire qu'Ovide reproduit Tanachro-^ nisme d'Ennius, parce qu'il y a deux traditions, l'une poétique, l'autre historique, et parce qu'étant poète il n'avait à tenir compte que de la première^. Disons plutôt qu'elle lui permettait, mieux que tout autre, de conserver à la figure de Pythagore ce prestige mystérieux, dont l'imagination populaire entoure les fondateurs de sectes religieuses.
Mais suivant son habitude il a dû étendre la matière, que lui fournissait Ennius, par des emprunts à d'autres écrivains. Pour en retrouver la source, comme pour comprendre l'intérêt du morceau, il importe de rappeler d'abord en quelques mots quels étaient au temps d'Ovide les plus récents disciples du pythagorisme et comment les Romains le connaissaient^. L'école avait disparu à la fin du iv" siècle; ses idées subsistaient bien encore, plus ou moins altérées, dans les cultes mystérieux ; mais elle n'avait plus d'existence propre. Brusquement nous la voyons renaître à Rome au temps de Sylla : Alexandre Polyhistor, qui passa dans cette ville une partie de sa vie, compose un mémoire spécial sur les doctrines attribuées à Pythagore, Nigidius Figulus, l'ami de Cicéron, le plus savant des Romains après Varron, s'attache à les rajeunir dans une série d'ouvrages consacrés à l'étude de la religion et des sciences naturelles ; il réunit " autour de lui un groupe nombreux d'adhérents et, quand il meurt, il laisse la réputation d'un astrologue consommé. Vatinius, consul en 47, contre qui Cicéron a plaidé, fait aussi profession de pythagorisme ; s'il faut en croire l'accusateur, il évoque les âmes des morts et se livre à des opérations magiques. Vers la même époque, des compilateurs restés inconnus rédigent plusieurs