LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE 20I
d'en recueillir la substance : c'était Varron. M. Schmekel Ta établi avec une abondance de preuves tout à fait convaincante. Il a montré, par des passages tirés des divers ouvrages de Varron, que la doctrine, dite de Pythagore, lui était parfaitement connue *, et, par d'autres rapprochements, qu'elle devait être exposée principalement dans les Antiquités divines. Voilà donc cet auteur éclectique que nous cherchions ; nous nous expliquons maintenant par une double raison que les idées stoïciennes tiennent une si large place dans lepythagorisme d'Ovide : le mélange est antérieur à Varron ; il se trouvait tout fait dans Nigidius Figulus, par exemple; mais Varron lui-même a toujours eu du goût pour un stoïcisme mitigé ; la partie scientifique du système, notamment, a eu pour lui beaucoup d'attrait^. Le résumé des idées pythagoriciennes sur la métempsychose, sur la nourriture végétale, et peutêtre aussi sur le monde primitif, devait se trouver dans le premier livre des Antiquités divines, Ovide, il est vrai, ne suit pas la même tradition que Varron sur les dates de la biographie de Pythagore^ ; mais il use trop librement de ses sources pour que cette difficulté doive nous arrêter. On a déjà remarqué depuis longtemps le rapport que les Fastes présentent avec les Antiquités divines et humaines'' ; lorsque Ovide s'est préparé aux œuvres de son âge mûr, il a probablement glané à travers cette vaste compilation, notant çà et là les chapitres qui l'intéressaient et il les a utilisés également dans les morceaux des Fastes et des Métamorphoses qui se correspondent^. Quand nous le voyons, dans le discours de Pythagore, passer brusquement d'une question à une autre, c'est qu'il a sauté une partie 3u volume étalé devant lui, ou qu'il en déroule un nouveau. Ainsi encore on peut expliquer comment certains morceaux du discours reflètent plus spécialement les idées stoïciennes ; ils sont tirés d'un chapitre ou d'un livre, dans lequel Varron avait condensé, non pas la doctrine de
1. Ces passages sont rassemblés à la fin de sa dissertation De O^fidiana...., etc. p. 76: Appendix Varronis Pythagoreae doctrinae fragmenta continens. Cf. Aghad, Varronis Aniiquitatum rerum divinarum lihri I, XIV, XV, XVI, Jahrbûcher fur class. Philologie, XXIV, Supplementband, 1898, p. i. Sont à noter particulièrement, dans le livre I, les fragm. lo», 10'=, 11 à i5, 26^, 2b^.
2. Gaston Boissier, Etude sur Varron, p. 99 et en particulier p. ii3.