Iphis et Anaxarète
5. Wissowa, Rômische Sagen^ dans les Philologische Abhandlungen fur M, Hertz, Breslau, i888, p. i56-i68.
LES LÉGENDES ET l'hISTOIRE DE l/lTALlE * 33!
veau des cultivateurs et des pâtres, dont ils piirtageaient lu rude existence. Dans la légende primitive Picus ou Picuuiïiu*i s'appelait aussi Sterculinus ; c'était le dieu du fumier ; il avait pour frère Pilumnus, le dieu du pilon avec lequel on brovait les grains V 11 est juste d'ajouter que depuis fort longtemps déjà ces conceptions grossières avaient été anoblies grâce à un procurés simultané des lettres et des mœurs ; au temps d'Ovide il aurait fallu sans doute chercher beaucoup pour trouver au fond des vallées de la Sabine des paysans qui en fussent restés strictement aux conceptions de leurs ancêtres ; Virgile surtout avait déjà contribué largement à préciser et à embellir les traits des dieux latins. Ne nous moTilret-il pas dans V Enéide le magnifique palais de Lîiurenle, où jadis avait habité le roi Picus « dompteur de coursiers m ? C'était un édifice auguste, immense, soutenu par cent colonnes; on y voyait même sous un portique la statue de Picus, vêtu de la trabée, tenant d'une main le bâton augurai, de l'autre le bom^lier sacré ^. Voilà déjà des ^inventions bien hardies. Le tort d'Ovide, c'est de vouloir renchérir encore sur son modèle et de pousser plus loin la ressemblance avec les tableaux analogues de Tépopée grecque. Au moins Virgile ne nous dit-il pas que Picus soit jamais sorti du Latium. Chez Ovide Picus n'est pas seulement le type du brillant cavalier, dont les femmes se disputent le cœur et la main; c'est un jeune prince du monde hellénique; il sait le chemin d'Olympie, puisque le poète définit son âge en disant « qu'il n'avait pu voir encore quatre fois les jeux que la Grèce célèbre tous les cinq ans dans l'Élide^». Sans doute c'est le Grec Macarée qui raconte à un autre Grec, Achéménide, raventure de Picus* ; mais justement parce qu'ils sont grecs tous deux ils devraient savoir qu'au temps d'Ulysse on n'allait guère des bords du Tibre aux jeux d'Olympie. 11 y a dans Panachronisnie des mœurs et du langage une certaine mesure que Virgile a toujours gardée; nous avons déjà vu souvent qu'Ovide la dépasse, et il serait peut-être superflu d'en donner un nouvel exemple ^ si l'anachronisme n'était plus frappant quand il s'agit, comme ici, de personnages qui sont nés du sol de Rome. Dans les treize pre-
I. Preller-Jordan, Hôm. Mythologie^ I, p. 875. a. Virg., En., VIT, 170 à 191.