Varron, De la langue latine, V, i48 ; Tile-Live, VII
7. Hercher, édition du traité Des fleuves, praef , p. 20, 21 et 82.
3 8 LES MÉTAMORPHOSES d'gVIDE
en Etoile, et à Pergame, auprès des Attales. Il est le type le plus achevé de ces grammairiens poètes, qui mettaient en vers des traités d'histoire naturelle ou de médecine, sans avoir eux-mêmes de ces sciences autre chose qu'une teinture. Ses Métamorphoses^ étaient écrites en hexamètres dactyliques ; elles se .composaient de cinq livres ; nous en connaissons quelques parties, grâce surtout aux sommaires en prose qu'en a faits Libéralis ; ceux qu'on peut classer avec certitude se rapportent tous aux quatre premiers livres. Sur l'esprit général de l'ouvrage nous ne pouvons pas avoir de doute : c'était un poème didactique, où la mythologie était sans cesse mêlée d'éléments empruntés à l'histoire et à la géographie. Le tout avait un caractère romanesque, comme la plupart des poèmes de l'époque alexandrine ; nous voyons même par les extraits de Libéralis que l'imagination de Nicandre s'était permis quelquefois d'étranges raffinements d'immoralité. Ce qu'il nous importerait le plus de connaître, c'est le plan qu'il avait adopté dans lé classement des légendes. On a pensé qu'il avait pu suivre l'ordre géographique ; il aurait conduit son lecteur à travers la Grèce, en lui racontant, province par province, les traditions attachées aux lieux les plus célèbres^ Les extraits du premier livre se prêtent assez bien a cette supposition ; ils se rapportent tous en effet à des légendes thessaliennes. Mais on ne retrouve plus cette unité dans les livres suivants. Il semble bien que Nicandre n'avait fait aucun effort pour enchaîner entre elles les diverses parties de la composition ; le sujet présentait par lui-même un grave défaut ; le poète avait a rassembler un grand nombre de fables étrangères les unes aux autres ; il y fallait un art infini, à moins qu'il ne payât d'audace et ne renonçât tout de suite à établir entre elles un rapport quelconque. C'est sans doute au second parti que Nicandre s'était arrêté. Dans chacun des extraits de Libéralis l'aventure principale est précédée de préliminaires copieux ; ils nous apprennent dans quel pays étaient nés les personnages qui en sont les héros, comment s'appelaient leurs parents, alors même que ceux-ci ne jouent aucun rôle dans ce qui suit. On voit bien que Nicandre aborde une partie du récit, qui, étant absolument nouvelle et indépendante, demande
I. 'ET£poioû{j.£va. Les fragments ont été rassemblés par 0. Schneider, Nicandretty Leipzig, i856, p. 4^ à 70. Voyez aussi Oder, Antonin. Liber. ^ p. 4» à 56.
a. Volkmann (Rie), De Nicandri Colophonii vita et scriptis. Halle, 1862, p. 3o.
quelques explications préalables. On pourrait peut-être hésiter à en décider d'après le texte d'un abréviateur, qui même n'a fait porter son travail que sur une partie de l'original. Mais si Nicandre a conçu son œuvre comme un poème didactique, il est naturel qu'il ait usé de la liberté, qu'on a toujours accordée aux maîtres du genre, de passer d'un morceau à un autre sans peiner sur les transitions. Nous avons de lui deux poèmes à peu près intacts : Tun, les Thériaques, sur les animaux venimeux, Tautre sur les Contre-poisons^ : il y procède jusqu'au bout par énumérations. Il n'est pas probable qu'il ait cherché dans ses Métamorphoses des combinaisons plus ingénieuses.
Cependant on n'entreprend point un poème didactique sans avoir au moins le dessein d'enseigner, et, autant que possible, d'enseigner quelque chose de nouveau. Tous les poètes grecs avaient déjà chanté les métamorphoses des dieux : les rassembler, uniquement pour qu'elles ne restassent pas éparses dans un grand nombre d'ouvrages, ofTrait peut-être un intérêt, mais il faut avouer qu'il était bien médiocre. Schneider ^ a pensé avec apparence de raison que Nicandre s'était proposé en outre quelque chose de mieux : il est remarquable que dans les extraits deLibéralis on peut relever de nombreux détails sur les cultes locaux de la Grèce et sur les singularités qu'ils présentent. Pourquoi dans telle ville un dieu, commun à toute la race hellénique, était-il adoré sous un nom particulier qui ne se rencontrait que là ? Une fête célèbre attirait, chaque année, par l'étrangeté de ses rites, la foule des curieux : quelle en était l'origine? Une coutume, un jeu se perpétuaient d'âge en âge parmi les habitants d'une bourgade ; de qui les tenaient-ils ? Autant de questions qui furent fort à la mode au troisième et au second siècle ; les savants s'amusaient à les traiter en vers ; elles faisaient les délices des cours lettrées de l'Orient. Callimaque en avait réuni une longue série dans son recueil d'élégies intitulé les Causes ' ; cet ouvrage devint le modèle du genre; ce fut à qui lui donnerait une suite, en étudiant surtout les institutions religieuses, dont l'origine était restée obscure. Comme l'a supposé Schneider, il est fort possible que Nicandre se soit proposé de mettre en vers toutes les métamorphoses qui avaient quelque rapport avec les détails les plus curieux des