‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 59 sur 251 · Scol. surHom., Odyss., p. 3o8, Dindorf · texte numérisé non relu

Scol. surHom., Odyss., p. 3o8, Dindorf

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les sommaires des scoliastes ont été ainsi mis à contribution par Ovide là où on s'attendrait à le voir lutter avec les œuvres originales des classiques*. Si on se tourne avec une attention nouvelle vers cette catégorie de sources, c'est surtout parce qu'on n'a à peu près rien tiré Ue la comparaison avec Nicandre et avec les autres poètes qui avalent écrit des Métamorphoses ; un champ de recherches encore inexploré s'ouvre devant les érudits; ils espèrent être moins déçus que leurs devanciers. On ue peut nier en effet qu'Ovide se contentât souvent à peu de frais ; la méthode qu'on lui attribue correspond assez bien h ce que nous savons de ses goûts et de son tour d'esprit; ces sommaires, rédigés par des grammairiens, pouvaient lui éviter la peine de compulser toute la littérature poétique des Grecs ; de plus, comme ce n'étaient pas des œuvres d'art, et qu'ils étaient quelquefois anonymes, il pouvait en user librement, sans craindre de perdre à la comparaison, ou d'être accusé de plagiat. Il est certain que son talent facile, ennemi des entraves, devait y trouver son compte. Gardonsnous cependant des exagérations. Si l'on veut dire qu'Ovide a recouru aux mythographes et aux scoliastes, plutôt qu'aux poètes, dans certains passages qu'il jugeait secondaires, et où il lui importait d'aller vite, peut-être a-t-on raison. Mais si l'on entend qu'il est resté partout fidèle à ce procédé, ou même qu'il lui a donné ses préférences, on risque fort de s'égarer. L'argumentation de M. Knaack notamment laisse place au doute; il y a des différences entre le Phaéthon d'Euripide et le second livre d'Ovide ; est-ce une raison suffisante pour affirmer que le poète latin n'a jamais lu la pièce grecque, dont nous n'avons, nous, que des fragments ? Il faut, dans cet ordre de recherches, tenir le plus grand compte de tout ce que nous ignorons, et ne pas conclure à la légère. Si nous comparons Ovide à certaines œuvres étendues, que nous possédons dans leur intégrité, les différences nous sautent aux yeux, et nous en relevons un grand nombre; les textes des grammairiens résistent mieux à l'épreuve ; mais la raison en est simple; c'est qu'ils sont très courts, ne donnent que rindîspeusable, et par conséquent la comparaison, ne portant que

I, KUwalil (dans Iwan von MûWeVtJahresberichtûberd.class.Alterthumswissenschafl, XLIII, i885, p. i6o) accepte les vues de Robert et de Knaack sur les p&seages cités. Vollgraff, De Ovidi mythopoeia, diss. inaug. Berlin, 1901, p. 1-80, ot Eitrcm, Pkilologus, LVIII (1899), p. /»5i-/»66, croient aussi retrouver la trace d'un in^lliographe dans les fables de Lycaon (Ov., I, i63, 252), de Daphné (I, 4t6 5tJ7) et dlo (I, 568-7/17).

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sur les grandes lignes, nous dévoile plus de rappoi ts que de divergences. Enfin on constate qu'Ovide diffère de trois ou quatre poètes qui Font précédé ; son récit semble être un mr lange des leurs ; on en conclut qu'entre eux et lui un raythographe a dû opérer la fusion : pourquoi n'en serait-il pas lui-même l'auteur, et quel besoin avait-il, pour une tâche si simple, de recourir à un intermédiaire? Autant vaudrait dire que Virgile, en compos;int V Enéide, a dû avoir sous les yeux un manuel en prose, où se trouvaient déjà associés Homère, les cycliques, Sophocle, Apollonius de Rhodes et Ennius. En somme Ovide n'a pas pu ignorer les poèmes où les Alexandrins avaient chanté des métamorphoses; c'est en les lisant qu'il a conçu la première ébauche de son ouvrage ; on peut même supposer qu'il leur a pris quelques fables rares, aln de prouver qu'ils ne lui étaient pas étrangers; sans aucun doule ce sont eux qu'il imite lorsqu'il décrit avec une si grande richesse de détails le changement d'une créature humaine en bête, en arbre ou en rocher. Mais il les dépasse de beaucoup par l'ttcndue de son plan, et quant au goût qui domine dans son poème, si on ne peut nier que ce soit le goût alexandrin, il n'est pas particulier à Boéus et à Nicandre; il a inspiré toutes les compositions de la môme école, quelles qu'elles soient, les hymnes, les élcqries, les épigrammes, aussi bien que les poèmes didactiques ou les épopées. Ovide a consulté aussi les manuels et les commentaires «.les savants ; il est possible même qu'il s'en soit contenté dans cortains passages, où pour des raisons diverses il ne lui convenait pas de s'étendre*. Ce qui paraît probable surtout c'est que ces ouvrages scolaires ont exercé sur lui leur influence de très bonne heure et une fois pour toutes, quand il ftiisait ses classes. 11 y a pris certaines habitudes d'esprit, une certaine façon de concevoir les sujets ; ils contenaient ce qu'on pourrait appeler les lieux communs de la mythologie, comme les manuels des rhéteurs conte-

I. Ces conclusions sont en somme celles de Ribbeck, Geschichte der rômischen Dichtung, II (1889), p. 289, de Vollgraff, p. 83, et d'Ehwald dans ses bulletins sur Ovide; v. notamment dans le Jahresbericht d'Iwan von MûUer, LXXX(i894), p. 3, 43 ; de Gurlittet Kroll, GIX (1901), p. 91. En dernier lieu Kienzle, Ovidi is qua ratione compendium mythologicum ad Métamorphoses componendas adhibueritf diss. de Bâie, i9o3» soutient qu^Ovidc a emprunté à un manuel, conçu sur le même plan que la Bibliothèque d'Apollodore, l'ordre des fables et les généalo^es héroïques qui remplissent ses treize premiers livres ; tous les récits intercalés dans les intervalles sont l'œuvre de son imagination, ou des imitations libres de divers poèmes. Réduite à ces proportions, la thèse est très acceptable.

naient ceux de Tart oratoire. Ovide en a gardé un pli qu'il n'a jamais perdu; faisons aussi large qu'on le voudra la part qu'on peut attribuer dans les Métamorphoses a cette éducation première ; elle est considérable en effet. Mais plus forte avait été l'empreinte qu'Ovide avait reçue dans ses jeunes années, et moins il lui était nécessaire de se remettre à l'école des grammairiens qui l'avaient formé. Qu'il les ait souvent appelés à son aide en composant les Métamorphoses , et surtout qu'il se soit cru dispensé d'aller au delà, il n'y a pas apparence. Méfions-nous des critiques qui voient à chaque pas, chez les auteurs latins, des traces d'imitation ; comme ils sont persuadés qu'elle doit être littérale et comme la comparaison avec les grands modèles leur donne un démenti, ils descendent, plutôt que de ne rien trouver, aux écrivains grecs du dernier rang. Ce procédé d'investigation a été jugé sévèrement par J.-C. Jahn, un des anciens éditeurs des Métamorphoses^ \ un des plus récents, qui est en même temps un des plus consciencieux, M. Riese^, ne se prononce pas moins nettement contre les hypothèses aventureuses. Tenons-nous-en à son opinion; elle est justifiée par tout ce que nous venons de voir. Ovide a eu de très hautes ambitions. Il s'écrie à la fin du poème : « Et maintenant j'ai terminé un ouvrage que ne pourront détruire ni le courroux de Jupiter, ni la flamme, ni le fer, ni la dent vorace du temps. Qu'il vienne quand il voudra le jour suprême qui doit arrêter le cours incertain de ma vie; il n'a d'empire que sur mon corps. La meilleure partie de moi-même, immortelle, sera ravie dans la région des astres et mon nom ne périra point. Sur toute la surface du monde soumise à la puissance romaine, on me lira ; et, si les pressentiments des poètes ne sont pas trompeurs, célèbre à jamais dans toute la suite des siècles'^, je vivrai. » Ce ne sont point là paroles en l'air. Ovide a donné à ce vaste ouvrage six années de sa vie, les meilleures peut-être, celles où il jouissait en paix d'une renommée déjà assurée, entouré de la faveur de la société élégante dont il charmait les loisirs. Les Métamorphoses y dans sa pensée, devaient mettre le sceau à sa gloire ; elles devaient être pour lui ce qu'avaient été V Enéide pour Virgile, les Odes pour Horace. Comme eux il s'est proposé d'imi-

1. Leipzig, 1882, t. I, p. i3. n renvoie aune dissertation de Kônig, De nimia iniitationis in auctorihus antiques indagandae cupiditale, qui ne paraîtrait peut-être pas entièrement surannée aujourd'hui.

2. T, II, p. VI de sa 3° édition d'Ovide 8°, Tauchnitz (1889).

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