‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 58 sur 251 · Ov., VII · texte numérisé non relu

Ov., VII

OVIDE Et LES RECUEILS DE MÊTAMOftPHOSES 6l

qu'une amplification du passage même que nous pouvons lire d2insV Argument de la Médée ; car il reste partout général et vague ; l'auteur de V Argument cite trois vers des Retours, où il est question du rajeunissement d'Éson ; il semble qu'Ovide se borne à les délayer, à la façon d'un écolier qui s'exerce sur la matière donnée par le maître. V Argument ajoute que Médée rajeunit aussi les nourrices de Bacchus, devenues plus tard les Hyades, et qu'Eschyle avait tiré de cette légende une tragédie. Ovide la traite en trois vers, à la suite de la précédente *. C'est pour M. Robert la preuve manifeste qu'il ne s'est pas donné la peine de lire la pièce d'Eschyle et qu'il s'est contenté du renseignement tel quel qu'il trouvait dans la prose aride du grammairien ; car il établit entre le rajeunissement d'Eson et celui des nourrices de Bacchus un rapport de consécution, qui non seulement ne devait se rencontrer nulle part avant lui, mais qui n'est même pas vraisemblable. Comment les Hyades sont-elles venues à lolcos ? Il n'a nul souci de nous l'apprendre ; il respecte l'ordre de V Argument, peu lui importe qu'il n'y ait aucun lien entre les faits.

Voici un autre exemple, cité par M. Knaack**. Ovide a raconté très longuement la légende de Phaéthon^; il dit comment, après sa chute, ses sœurs, les Héliades, furent changées en peupliers, et comment Cycnus, son parent, qui l'avait pleuré aussi, fut changé en cygne. Dans ce sujet les modèles ne manquaient pas ; on avait une composition épique d'Hésiode, une tragédie d'Eschyle, une autre d'Euripide, un poème lyrique de Philoxène, un épyllion alexandrin, dont l'auteur est inconnu, sans compter plusieurs morceaux de moindre étendue. Le récit d'Ovide se distingue de tous ces écrits sur un grand nombre de points ; au contraire il offre dans son ensemble un rapport sensible avec un sommaire qui nous a été conservé dans les scolies de V Odyssée^. M. Knaack s'en autorise pour affirmer qu'Ovide n'a lu aucun des poètes classiques qui avaient développé la légende de Phaéthon, pas même Euripide; il s'en est tenu à un mythographe qui, ayant déjà dépouillé leurs ouvrages, en avait amalgamé les éléments.

La critique savante, appliquée à l'étude des Métamorphoses^ semble de plus en plus disposée à admettre que les manuels et

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