CHAPITRE IV LE CHOIX DES FABLES
Un des principaux défauts du sujet choisi par Ovide, c'est qu'il était presque infini. Les héros, que la fantaisie inépuisable des mythographes avait changés en plantes ou en bêtes, ne se comptaient plus ; et cependant ce n'était pas tout le sujet ; il y avait aussi les déguisements momentanés que les dieux avaient pris dans certains épisodes de leur histoire ; puis, que ne pouvait-on se permettre à la faveur d'un titre aussi vague que celui de MetamorphoseSj mutatae formae'i La création du monde, les transformations des êtres, les progrès de la civilisation, l'évolution des sociétés pouvaient aussi bien rentrer dans le cadre de l'ouvrage, et il n'y avait même pas de raison d'en exclure les grands souvenirs de l'histoire, d'autant plus qu'elle confinait au surnaturel, depuis que les chefs d'État recevaient les honneurs de l'apothéose. Il n'en était que plus nécessaire pour Ovide de tracer exactement ses limites. Bien qu'il ait fait une excursion sur le domaine de la philosophie et de la science, il est clair cependant qu'il a entendu se borner h la partie merveilleuse de son sujet. Il chante des fables ; mais dans la multitude des métamorphoses légendaires il a fait un choix; c'est ce qu'on a déjà pu constater par les rapprochements qui précèdent. Il faut, pour se rendre compte de son dessein, pousser plus loin la comparaison avec ses devanciers. Quelles sont les fables qu'il a admises ? Quelles raisons l'ont déterminé à écarter les autres ?
Un des caractères les plus certains qui distinguent les poètes de l'école alexandrine, c'est leur goût pour les légendes neuves; souvent l'originalité qu'ils y trouvent n'est qu'apparente ; elles ont été forgées sur le modèle des anciennes ; les noms seuls des personnages ont été changés ; ou bien on a introduit dans la tradition primitive, tout en respectant les noms, des détails bizarres,