LE CHOIX DES FABLES 7I
c'est ailleurs une même espèce de plante ou d*animal qui cache des personnages différents. Le cygne fut-il autrefois Cycnus, fils de Sthénélus*, ou Cycnus, fils d'Apollon*, ou Cycnus, fils de Neptune^? Peu importe, il y a sur chacun de ces héros une légende qui plaît à Ovide ; il les traitera toutes les trois, sauf à mettre entre elles un large intervalle*. Ou bien il va au-devant de la critique et s'en tire par un expédient ; la fleur de l'hyacinthe porte sur son calice une sorte de tache, dont le dessin offre quelque similitude avec les deux lettres A I; les uns prétendaient qu'Hyacinthe avait pris la forme de cette plante et que la tache rappelait l'exclamation de douleur^ poussée par Apollon lorsqu'il tua involontairement le jeune héros. Pour d'autres au contraire l'hyacinthe avait été colorée par le sang d'Ajax ; la tache de la fleur imitait les deux premières lettres de ce nom fameux. Ovide accueille également les deux fables *. Dans la première il prophétise qu' « un temps viendra, où, pour rehausser la gloire d'Hyacinthe, un héros magnanime écrira son nom sur les pétales de la fleur ^ ». Dans la seconde il fait observer que « la fleur d'Ajax était déjà née du sang d'Hyacinthe; mais dorénavant les lettres gravées dans le calice rappelèrent à la fois le guerrier et l'enfant ; c'est un nom et c'est aussi un cri de douleur *. » Rien de plus large, comme on voit, que ce système d'interprétation. Si Ovide avait eu besoin de le défendre, il aurait pu sans doute alléguer les auteurs alexandrins qui lui avaient donné l'idée première de son ouvrage ; ainsi chez Boéus la mésange® est née de la métamorphose d'une certaine Timandra *^ ; ce qui n'empêche point qu'un certain Ortygîus a pris aussi la forme du même oiseau^^
A ces divers symptômes en effet on reconnaît aisément