‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 9 sur 251 · OEuy^res et jours, loS · texte numérisé non relu

OEuy^res et jours, loS

navires qu'on vit se balancer sur les flots, et les premiers, en y attachant les voiles, ils leur donnèrent des ailes pour parcourir les mers*. » C'est bien là encore la sobriété de l'épopée primitive. Les poèmes hésiodiques en ont aussi gardé la gravité, même là où ils retracent les amours des dieux ; il est naturel qu'elle n'abandonne pas l'auteur de la Théogonie, lorsqu'il énumère les sept immortelles qui ont partagé la couche de Zeus ; elles ont été successivement ses « épouses » ; Héra a été la dernière et n'a pas a se plaindre du passé '. Mais l'auteur du Bouclier d'Hercule ne prend pas un autre ton pour raconter comment Zeus s'unit à Alcmène ; le maître du monde avait conçu un grand dessein : il voulait engendrer un fils, « qui fût pour les dieux et pour les hommes industrieux un protecteur » ; avant de s'introduire chez Amphitryon, il s'arrête sur le sommet d'une montagne, « pensant à son œuvre divine'* ». Il n'est pas douteux que les amours des dieux avec les mortelles, unique sujet des Catalogues et des Grandes Eées, fussent présentées sous le même jour; ainsi devaient être traitées celles de Zeus avec Europe*, ou celles du Soleil avec Leucothoé^ C'est que les poètes qui se cachent sous le nom d'Hésiode appartiennent à un âge de foi. Ils ont beau réunir en un seul corps des légendes jusque-là éparses, ils ne peuvent pas sentir combien ce rapprochement même y ajoute d'invraisemblance et d'immoralité ; ils ont encore la belle naïveté de la jeunesse ; il n'y a pas pour eux de miracles impossibles, parce que le même mystère enveloppe à leurs yeux l'univers tout entier; ils ne songent pas davantage à discuter les actions des dieux ; ceux-ci existent : c'est un fait dont on ne doute pas plus que de la réalité du monde sensible ; ils sont faits à l'image de l'homme; rien de ce qui est humain n'est étranger à leur nature ; et comme on est convaincu qu'ils ne sont pas une conception de l'esprit, mais des êtres supérieurs, dont la vie est indépendante de l'idée que l'on peut s'en faire, on n'imagine pas que rien soit à corriger dans leur histoire. Les amours de Jupiter ne semblent alors ni moins réelles, ni plus immorales que le soleil qui éclaire le laboureur, ou que la foudre qui le frappe au milieu de ses travaux.

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