‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 90 sur 251 · I. Zedritz, p · texte numérisé non relu

I. Zedritz, p

Quand on reproche à Ovide d'avoir chanté les aventures des dieux et des héros sans avoir Tesprit religieux, on confond deux choses que les anciens ont toujours séparées, la mythologie et la religion : à aucune époque les fables n'ont été considérées par eux comme un ensemble de dogmes imposés à la foi publique; en somme Ovide croit à l'existence des dieux et à la nécessité du culte* ; par conséquent il échappe à toute accusation d'impiété. Mais voici par où il est attaquable. Les légendes helléniques sont aux yeux des anciens la poésie même, a tel point qu'ils ne conçoivent pas qu'elle puisse s'en passer. Que sera donc un poète qui manifeste ses doutes sur les légendes que comporte sa matière, qui les juge et qui les soumet à une sorte de triage sous les yeux du lecteur? Il semblera coupable, sinon d'irréligion, au moins d'inconséquence et de témérité ; car il n'est pas possible de s'arrêter dans une pareille entreprise : si l'on touche à un coin de la mythologie au nom de la logique, il faut que tout y passe. Callimaque, un des premiers, a donné dans ses hymnes l'exemple de cette erreur. Jupiter est-il né en Crète ? C'est impossible ; car les Cretois le disent et les Cretois sont des menteurs ; ils ont bien osé élever un tombeau à ce dieu immortel^. Est-il vrai qu'il ait partagé le monde avec ses frères sur un coup de dés ? Certains poètes l'ont dit, mais c'est une version inacceptable ; car on ne peut tirer au sort que des lots d'égale valeur ^. A discuter ainsi les fables d'autrui Callimaque s'expose à ce qu'on discute les siennes d'après les mêmes principes, et alors que restera-t-il de la mythologie ? II n'y a point de critiques semblables chez Ovide ; mais il témoigne pour ces croyances populaires, dont vit cependant sa poésie, un détachement qui a la même cause et les mêmes effets. Qu'en exposant le système de Pythagore il insinue que la foudre pourrait bien être un phénomène naturel, auquel Jupiter n'a aucune part*, on le comprend encore. Il est plus difficile d'admettre que par la bouche de ses personnages il exprime des

Page 1