‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 116 sur 256 · Wunderer, p · texte numérisé non relu

Wunderer, p

vrai qu'Ovide par ses procédés de composition et de description se rapproche beaucoup des peintres et des sculpteurs ; on peut même aflSrmer que ce n'est pas là l'efFet du hasard, mais qu'il a réellement cherché à rivaliser avec eux; et ces artistes, ce sont surtout ceux qui ont travaillé depuis Alexandre pour les princes du monde grec. Seulement ajoutons que ce rapport entre les beaux-arts et la poésie s'est établi bien avant lui ; il apparaît déjà dans les productions de l'école alexandrine, de telle sorte qu'Ovide a subi doublement l'influence des arts du dessin ; elle s'est exercée sur lui directement, parce que de très bonne heure il a eu sous les yeux, à Rome même, une foule de chefs-d'œuvre, qui contribuaient à l'ornement des maisons particulières et des lieux publics ^ ; et en outre il a appris, enlisant les poètes des trois derniers siècles, à rendre à l'aide des mots les efiets que les artistes obtiennent à l'aide des couleurs, du bronze ou de la pierre. Dans ce genre de composition il est devenu un maître à son tour ; sa supériorité éclate presque à chaque page des MétamoT'phoses.

Les combats qu'il raconte ne sont point des batailles rangées, livrées en rase campagne ; c'est qu'il veut un décor à la fois très riche et bien limité. Chez Homère nous assistons à de véritables mêlées, pleines d'imprévu, que les chars de guerre traversent en tous sens. Chez Ovide les combattants s'attaquent par groupes symétriques et successifs ; ses tableaux sont moins conformes à la réalité, mais comme on y sent le désir de plaire, et quel charme pour les yeux ! La lutte soutenue par Persée et par ses compagnons a pour théâtre un palais en Ethiopie ; elle éclate h la suite d'un repas de noces, auquel assistaient les princes de pays lointains et mystérieux ; il en est venu de l'Inde, de l'Assyrie et de diverses parties de l'Afrique : autant de circonstances qui permettent à l'auteur d'exposer à nos regards, comme dans une scène de féerie, les colonnades d'un portique, les apprêts d'un festin troublé par la discorde, les costumes exotiques des convives, les vases ciselés, dont ils se sont fait des armes ^. Le combat des Centaures et des Lapithes succède aussi à une fête nuptiale. La querelle a éclaté dans une vaste caverne, où se trouvaient réunis, autour d'une table brillamment servie, Hippodamie et ses compagnes, les Centaures à la nature hybride et les chefs thes-

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