‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 122 sur 256 · Virg., Éa., III, 645-65o · texte numérisé non relu

Virg., Éa., III, 645-65o

que de nous présenter, lui aussi, Achéménide au moment où les Troyens ont abordé en Sicile \ Mgis Virgile cherche dans Homère le pathétique noble ; Ovide en tire un pathétique familier, qui n'est pas sans charme. Achéménide rappelle l'effroi qu'il ressentit en voyant le Cyclope jeter d'énormes quartiers de roche sur le vaisseau d'Ulysse^; ce trait, supprimé par Virgile, a son importance ici : Achéménide est un soldat ; la cruauté du Cyclope l'épouvante, mais sa vigueur l'émerveille et, maintenant qu'il est en sûreté, il parle avec une nuance de respect de ces bras gigantesques, qui lançaient des projectiles formidables, comme l'eût fait une machine de guerre^. Ovide n'ignorait probablement pas qu'au temps d'Ulysse on ne se servait ni de balistes ni de catapultes ; mais il veut peindre deux vétérans qui évoquent les sou- .venirs de leurs campagnes ; peu lui importe l'anachronisme, si l'anachronisme doit rendre son dessein plus sensible.

Même quand il suit VEnéide, il n'oublie pas VOdjsséé; tantôt il rejette un détail introduit par Virgile, tantôt il en reprend un autre que Virgile avait dédaigné*. Dans l'ensemble cependant il ne prépare pas sa matière avec un soin aussi scrupuleux ; chez Homère Polyphème avait un grand nombre de voisins, d'autres Cyclopes aussi barbares et aussi redoutables que lui; Ovide n'en dit mot ; de sorte que l'on peut trouver très exagérée la terreur d'Achéménide, s'il est resté seul avec Polyphème aveugle dans une île d'une étendue considérable. Virgile avait insisté avec beaucoup de raison sur la présence de ces autres monstres clairvoyants, qui mettaient à toute heure en péril la vie du malheureux^. Ovide s'en rapporte à l'érudition du lecteur; qui ne sait que l'Etna est habité par les Cyclopes? Les lecteurs de Virgile le savaient aussi; cependant il le leur a rappelé, et il a bien fait. Autant Ovide est jaloux de rendre avec vérité l'aspect extérieur des choses, autant il est indifférent à ce genre de vraisemblance, qui, même en un sujet merveilleux, résulte de l'enchaînement logique des faits et du développement progressif des passions ; mais il ne pouvait guère en être autrement dans un poème où les tableaux se succèdent avec tant de rapidité; le sujet même condamnait l'auteur à se confiner dans le genre descriptif et h

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