Callimaque, /. c, vers gS
3. Ov., III, liiS-igS, La comparaison a été faite par Couat, Poésie alexandiiiie, p. 289 ; son jugement est un peu sévère pour Ovide.
LA NARRATION EPIQUE iSq
de la fable d'Actéon, celle qui précède sa métamorphose, est d'une poésie aimable, dont on subit la séduction en souriant; il n'est pas nécessaire de chercher dans les Métamorphoses un autre morceau pour sentir par où Ovide peut reprendre l'avantage sur Callimaque : le retour des chasseurs au milieu d'un beau paysage éclairé par le soleil couchant, les préparatifs de Diane au bord de la rivière où elle va se plonger, l'arrivée soudaine d'Actéon, la colère de la déesse forment autant de tableaux pleins de mouvement et de couleur ; on pourrait même trouver que la partie correspondante est bien froide chez Callimaque, si ce n'était ici son droit de laisser dans l'ombre une scène qui ne convient pas à la gravité d'un hymne. Ovide, que rien ne gêne, nous montre hardiment tout ce qu'a vu Actéon. Pourquoi s'en abstiendrait-il? Si on veut le goûter pleinement, il ne faut pas exagérer ce qu'il y a de moderne dans sa façon de concevoir les sujets; c'est un jeu facile, qui fausse l'esprit de son poème ; pour être moderne, il n'est pas vulgaire. Diane reste toujours déesse, même au moment où ce une nymphe reçoit sur ses bras la robe dont elle vient de se dépouillera »
Ovide a beaucoup admiré les élégies de Callimaque ; nous retrouverons plus tard la trace profonde qu'elles ont laissée dans les Métamorphoses . Mais il n'est pas douteux que Callimaque, envisagé comme poète descriptif, manque de souplesse et de vivacité, et que sur ce point Ovide partageait l'opinion commune : « Le monde entier, a-t-il dit, chantera toujours le fils de Battus ; il a peu de génie, mais beaucoup d'art :
Battiades semper toto cantabitur orbe; Quamvis ingénie non valet, arte valet ^. »
Ovide s'est donc proposé de dérober à ce devancier illustre les secrets de son art et de le surpasser grâce aux dons si riches qu'il avait reçus de la nature ; il n'y a pas toujours réussi, parce qu'à son tour il s'abandonne un peu trop volontiers à Vingenium dans des cas où il aurait dû prendre son temps, réfléchir et choisir. Mais les passages que nous venons d'étudier nous montrent qu'après tout son espoir n'était pas chimérique ; le genre des Métamorphoses lui a plu à cause de l'extrême liberté qu'il autori-
I. Ov., III, 1G7. Cf. Sénèque, Controv., II, 2 (10), 8, Millier : « Habebat ille comptum et dtcens et amabile ingenium. »