‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 135 sur 256 · Ov., Am., I, i5, i · texte numérisé non relu

Ov., Am., I, i5, i

l4o LES MÉTAMORPHOSES d'ovIDE

sait; il a pu, dans ce poème sans bornes précises, se porter vers les scènes qui le séduisaient, les développer à son gré, y mettre la liaison, l'égalité, l'ampleur dont ses devanciers ne lui avaient pas donné l'exemple, soit par esprit de système, soit par impuissance, soit qu'ils eussent été gênés par les règles d'un genre plus austère. Telle est, à ce qu'il semble, la différence qui le sépare principalement de Callimaque. Peut-être n'est-il pas téméraire de tirer de là une conclusion plus générale : c'est qu'on doit s'abuser quelquefois en supposant que l'alexandrinisme circule partout dans les Métamorphoses, surtout si par alexandrînisme on entend uniquement, comme on n'est que trop porté h le faire, les tendances propres à l'école de Callimaque. Quand on ignore le modèle qui a inspiré certains passages du poème d'Ovide, on commence par supposer aujourd'hui qu'il a dû imiter un Alexandrin ; les rapprochements, que l'on peut faire avec les modèles conservés, ne justifient qu'en partie cette hypothèse. Ovide doit beaucoup aux Alexandrins ; ce sont eux, et non les poètes classiques de la Grèce, qui ont façonné son esprit; il ne les a même jamais perdus de vue ; mais il y a aussi en lui quelque chose qu'il ne doit qu'à la nature, c'est la veine abondante et facile, la vena dives dont parle Horace*.

I. Horace, Art poét., 409. Il y a peut-être encore un rapport entre l'Io d'Ov., I, 568-747 et le poème de Callimaque sur l'arrivée d'Io en Egypte, 'lou; oc^tÇt; ; Eitrem, Pliilologus, LVIII (1899), p. 45i-466; mais on ne connaît de ce poème que le titre. Les fables d'Europe et de Gadmus (Ov., II, 833 — III, 137) auraient leur source dans un épyllion alexandrin d'après Vollgraff, De Ovidi mjthopoeia, p. 61-80.

Un des premiers ouvrages d'Ovide^, et, aussi, d'après Quintilien, le meilleur de tous*, fut sa tragédie de Médée; il ne l'avait pas écrite pour la scène*, mais longtemps après lui on la lisait encore avec admiration comme un des poèmes classiques du temps d'Auguste*^. Il ne s'est donc pas abusé lorsqu'il assure qu'il avait d'excellentes dispositions pour le genre tragique*^; les Amours l'en détournèrent et quoiqu'il semble avoir eu à ce moment même l'idée d'y revenir un jour', le divorce fut définitif; mais on voit bien dajis les Fastes et surtout dans les Métamorphoses, que les chefs-d'œuvre du théâtre grec avaient fait sur son esprit une impression profonde qui ne s'effaça jamais. Il a cité lui-même dans les Tristes vingt-six sujets de tragédie, tous traités par les maîtres de la scène attique*; cette énumération, versifiée probablement de mémoire, sur la fin de sa vie, résume ses lectures d'autrefois, ses souvenirs d'écolier; il assure qu'il aurait pu

1. Pour ce chapitre voyez en particulier Rohde, Grieck. Roman, p. 129 ; Plaehn, p. 6 à i5. Les fragments des tragiques grecs sont cités d'après Nauck (Aug.), Tragicorum graecorum fragmenta^, 1889.

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