‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 163 sur 256 · I 70 LES METAMORPHOSES D OVIDE · texte numérisé non relu

I 70 LES METAMORPHOSES D OVIDE

thon^ Mais peut-être n'a-t-on pas assez remarqué jusqu'ici avec quelle délicatesse Ovide glisse sur ce qu'il y avait de déplaisant dans de pareils sujets. Il faut savoir qu'il imite Phanoclès pour comprendre le véritable caractère des sentiments qui unissent l'un à l'autre Phaéthon et Cycnns ; les deux jeunes gens ont entre eux des liens de parenté, que resserre encore une affection mutuelle. Rien de plus décent que ces vers :

Qui tibi, materne quamvis a sanguine junctus, Mente tamen, Phaéthon, propior fuit ^.

Virgile estbeaucoup plus explicite^. Ovide, lorsqu'on lui reprochait l'immoralité de certains de ses poèmes, invitait les censeurs trop moroses à les comparer avec les ouvrages les plus libres de l'époque alexandrine, les hilarotragédies, les contes milésiens, avec d'autres encore, tout à fait obscènes, déposés par les généraux vainqueurs dans les bibliothèques publiques de Rome, oii chacun pouvait les lire*. Phanoclès, et par le mérite de la forme et par la finesse du goût, était certainement très au-dessus de cette littérature ; pourtant Ovide en l'imitant a cru devoir atténuer l'expression du sentiment équivoque qui avait inspiré les 'EpwTeç ''. Les Romains sur ce sujet ne poussaient pas l'indulgence aussi loin que les Grecs. Faisons comme Ovide et passons®.

Ce n'est pas qu'il soit beaucoup moins répugnant d'arrêter les yeux sur les amours incestueuses auxquelles nous arrivons ensuite. Les auteurs de Métamorphoses, comme on l'a déjà vu ^, sont en grande partie responsables du développement qu'Ovide a donné en certains endroits aux amores inconcessi \ Nicandre avait raconté la passion de Byblis pour son frère Caunus*; Boéus avait dit comment ^gypius, par une erreur funeste, partagea la couche

I. Phanoclès, fragm. 6= Ov., II, 867 à 38o; Ps. Lactantius Placidus, Narrationes fabularum, II, 4- 3. Ov., II, 368. •

3. Virg., En., X, 189: ferunt luctu Gycnum Phaethontis amati...

Dutn canit, et moestum musa solatur amorem.

En ce genre, il n'y a rien chez Ovide d'aussi enflammé que l'églogue II de Virgile.

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