LA. PHILOSOPH[E ET LA. SCIENCE I QQ
l'esprit la doctrine d'Heraclite ^ ; mais il est tout à fait invraisemblable qu'il soit remonté jusque-là ; si Homère et les poètes de l'âge classique lui sont familiers, nous avons peine à admettre qu'il ait été très versé dans l'étude de la philosophie antésocratique. Son pythagorisme est en réalité celui des néo-pythagoriciens, qui, dans les derniers temps de la République romaine, rendirent la vie au système, en y faisant entrer des éléments empruntés à d'autres sectes, surtout au stoïcisme, et au stoïcisme le plus récent. Ovide raconte comment l'humanité, après avoir vécu d'une nourriture végétale pendant l'âge d'or, a commencé, lorsque les mœurs s'altérèrent, à se repaître de la chair des animaux; c'est un développement qu'il a repris encore deux fois dans les Fastes, au premier et au quatrième livre ^; sans nul doute il était à ce moment sous l'influence d'une lecture qui l'avait frappé. Cette idée, que les hommes, bons à l'origine, se sont dépravés au fur et à mesure qu'ils se sont éloignés davantage de la simplicité de la vie patriarcale, était chère aux philosophes du Portique ; ce sont eux surtout qui l'ont mise à la mode vers le temps de Cicéron/*. Puisque la simplicité et la pureté primitives sont une condition de la vertu, il faut y revenir et s'abstenir de la nourriture animale, conséquence logique, dont la nécessité ne semble avoir été proclamée aussi qu'à partir de cette époque*. Que tout passe, que tout se transforme, c'est ce qu'Ovide pouvait lire, avec démonstration à l'appui, dans les livres des derniers stoïciens, sans remonter jusqu'à Heraclite. Les pythagoriciens concevaient le monde comme un être éternel et Ovide ne se le représente pas autrement^; ce qui ne l'empêche pas de dire que tous les êtres naissent et meurent; mais il n'y a pas là de contradiction; car naître et mourir, c'est simplement changer de forme, la somme des êtres restant toujours la même" : autant de principes auxquels certains stoïciens, comme Panétius, avaient également donné leur approbation^; de telle sorte qu'en définitive dans le discours de Pythagore il ne reste qu'un élément qui appartienne en propre