Sénèqao, Mort de Claude
tures nouvelles qu'il prêtait aux héros \ Au moins Ovide a-t-il cherché à sortir de l'ornière ; pour relever les récits de Nicandre ou des historiens latins, il n'a eu qu'à se souvenir des apothéoses qui terminent les beaux drames de la scène attique.
Il est si bien resté fidèle aux modèles grecs que, lorsqu'il arrive à la période pour laquelle le secours de leurs inventions poétiques lui faisait défaut, il ne tarde pas à s'arrêter. Il est clair qu'à partir de la mort de Numa^ il ne sait plus où trouver des fables, qui puissent faire quelque figure à la suite de celles qu'il leur a empruntées. Après avoir mis au tombeau le pieux monarque (an 671 av. J.-C), il prend congé de l'époque royale en douze vers (an 509)^. Puis nous faisons un saut brusque de plus d'un siècle pour arriver à l'aventure du préteur Génucius Cipus ; * immédiatement après nous voyons le culte d'Esculape introduit à Rome (an 292).'' Enfin une de ces transitions dont souriait Quintilien nous transporte, par-dessus deux cent cinquante ans d'histoire, à la mort de César (an /i/j.) et au principatd'Auguste^ Si Ovide précipite ainsi sa marche, c'est sans doute parce qu'il faut bien que ce poème en quinze chants ait une fin ; mais à retourner des fables gracieuses ou pathétiques, Ovide ne se fût jamais lassé. S'il a si grande hâte de voir le couronnement de son œuvre, c'est surtout parce que ces fables désormais lui manquent. L'imagination populaire n'a jamais chômé dans l'antiquité; il ne se passait guère d'année, même au temps d'Ovide, où l'on n'eût enregistré quelques prodiges ; Pline l'Ancien en a noté qui datent du 1^'' siècle. A plus forte raison Ovide aurait-il pu recueillir quelquesuns de ceux qui remplissaient les livres des pontifes et qui avaient passé de là dans les vieux annalistes, puis dans Tite-Live ; après tout, ils valaient bien l'aventure de Tagès ou celle de Cipus ^ et pouvaient être également adaptés au dessein des Métamorphoses. Mais le moyen d'orner des fables comme celles-ci : « Sous tel consulat la statue d'Apollon pleura durant quatre jours. Sous tel autre, il plut du lait; il naquit un veau à deux têtes. Sous un
1. Schneider, JVicandrea, p. 43 ; Martini dans son édition de Libéralis, p. lx