‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 230 sur 256 · LES LEGENDES ET L HISTOIRE DE L ITALIE · texte numérisé non relu

LES LEGENDES ET L HISTOIRE DE L ITALIE

troisième, il naquit un androgyne, qu'on alla jeter dans la mer ^ en Gaule on vit trois soleils et trois lunes*. . . » Quand même Ovide eût été assez habile pour dissimuler jusqu'au bout l'aridité de la matière que pouvait lui offrir l'histoire romaine, il fallait encore qu'elle ne format point un contraste trop choquant avec les treize livres qui précédaient ; tout son talent n'y aurait pas suffi : les métamorphoses qu'il aurait pu tirer d'Ennius, de Varron ou des annalistes auraient porté l'empreinte de l'esprit romain qui les avait imaginées. Il s'est donc arrêté à peu près au point où il ne trouvait plus rien à prendre de poétique dans les auteurs grecs ; ce qu'il a intercalé entre la mort deNnma et l'apothéose de César ^ n'a d'autre utilité que de remplir tant bien que mal une lacune de six cents ans ; car il fallait à tout prix finir sur un panégyrique de César et d'Auguste, et, comme son plan l'obligeait à suivre l'ordre des âges, il a dû s'ingénier pour que le lecteur passât de la période légendaire à la période contemporaine, sans trop s'apercevoir de la rapidité du trajet. Mais il est manifeste qu'il s'est désintéressé de la période intermédiaire, parce que les poètes grecs ne l'avaient point chantée; inversement nous sommes autorisés à conclure que, s'il a touché à une faible partie de l'histoire nationale, c'est parce que les Grecs y avaient jeté eux-mêmes un rayon de leur fantaisie, ou parce qu'il voyait le moyen d'y introduire par un biais quelqu'une de leurs inventions.

Si on étudie de près la composition des deux derniers chants, on s'aperçoit qu'Ovide a constamment enlacé aux fables romaines des fables qui ont .une origine grecque, ou qui se rapportent à des personnages grecs, de telle sorte qu'elles alternent les unes avec les autres jusqu'à la fin ^. Par là il s'est ménagé la faculté de revenir sans cesse à la poésie hellénique, même lorsqu'il semblait qu'il dût y renoncer ; tant qu'il n'a pas abordé avec Énée sur les rives du Tibre, son dessein paraît encore d'une exécution assez facile : il chante Glaucus et Scylla, Polypbème et Circé, les compagnons de Diomède et Appulus ; la Grande Grèce est encore en vue*. Mais ensuite on se demande comment il soutiendra la

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