Voyez l'Appendice J
4. Holland, Ileroenvôgel in der griech. Mythologie (1896), p. 20, Aiiliang, Diomedes in Italien, montre bien tout ce que les Grecs fournissaient à Ovide dans cette partie.
a3o LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
gageure; c'est ici surtout que son art éclate. Après avoir résumé il grands traits les exploits d'Enée et donné un souvenir aux rois d'Albe, il nous conte h propos de Vertumne la tragique histoire d'Iphis et d'Anaxarète, qu'il emprunte à Hermésianax, et nous voilà bientôt au bout du quatorzième chant et à la mort de Romulus, sans que nous ayons cessé d'apercevoir la Grèce. Nous sommes transportés à Crotone au commencemient du chant suivant; l'histoire de Myscélus et le long discours de Pythagore en remplissent plus de la moitié; puis à propos de Numa etd'Égérie voici qu'apparaît Hippolyte. Enfin quand il a payé un juste tribut d'éloges à la mémoire de Cipus, Ovide ne voit plus dans les cinq siècles de la République qu'un seul épisode digne de sa plume, l'histoire d'un dieu grec introduit à Rome, et il va chercher Esculape à Épidaure. Pour arriver à réaliser cet heureux mélange il a usé des artifices les plus variés. Ici il a été servi par la tradition qui avait localisé en Italie certaines légendes grecques*; là par une identification très fragile, mais commode^, ailleurs par l'histoire elle-même^. Et quand tout cela lui a manqué, il s'est tiré d'embarras par une de ces digressions.sous forme de comparaison, qui lui étaient familières''.
Mais laissons là cette catégorie de récits. La légende nationale elle-même, que l'on suit parmi tant de méandres, Ovide l'a surchargée d'ornements d'un goût tout hellénique, ou, pour mieux dire, alexandrin. Quelquefois il invente jusqu'aux faits : où a-t-il pris la galante aventure d'Apollon avec la Sibylle de Cumes, l'amour de Canente pour Picus, celui de Vertumne pour Pomone ? Probablement dans sa seule, imagination ^ De même il conduit Egérie de Rome à Aricie pour avoir un prétexte de rappeler les malheurs d'Hippolyte et l'amour criminel de Phèdre,. quoique le culte d'Egérie ait, selon toute apparence, suivi la route inverse. Mais le plus souvent l'altération qu'il fait subir à la légende d'Enée et de ses descendants est surtout dans le ton, dans les détails accessoires et, comme on dit, dans le costume. Il est curieux de voir ce que sont devenus chez lui les antiques dieux du Latium, personnages de forme indécise, enfantés par le cer-