Ibid., 680 à
sa situation présente aucun mensonge ne lui coûte ; Ovide pense aussi, certainement, qu'aucune hyperbole ne coûte en pareil cas à la matrone la mieux intentionnée, lorsqu'une fois elle a mis son amour-propre à faire réussir l'entreprise. Tout ce mime est un chef-d'œuvre du genre ; dans les effets comiques il est plus bas d'un ton, si l'on peut dire, que celui d'Hérondas ; ainsi le voulaient la situation des personnages et le caractère général du poème*; mais c'est la même finesse et la même ironie discrète dans l'expression des scènes familières. Pourquoi Ovide, quand il renonça à la tragédie, ne s'est-il pas tourné vers le mime ? Il avait tout ce qu'il fallait pour y devenir un maître, et ses défauts mêmes l'eussent servi à merveille.
Ce que dut être la passion de Canente pour Picus, celle d'Hersilie pour Romulus, celle d'Egérie pour Numa, on peut le mesurer d'après la douleur qu'elles témoignent dans leur veuvage; ces héroïnes du Latium sont des personnages d'élégie, comme on en voyait chez les poètes alexandrins. L'élégie savante à la manière de Callimaque a encore exercé une influence d'une autre sorte sur les deux derniers chants des Métamorphoses . Comme il est arrivé souvent dans les Fastes, Ovide a été conduit h traiter certains épisodes par la vue des lieux et des monuments qui lui étaient familiers. Il passait sans cesse devant le temple de Janus, au forum, à l'endroit même où avaient jailli autrefois les eaux chaudes, appelées aqiiae lautolae^. Maintes fois il avait frôlé de sa toge la statue de Vertumne, au Vicus Tuscus^, ou levé les yeux sur le masque cornu de Cipus, qui décorait la porte Raudusculana *. Il s'était arrêté au Palatin sous le cornouiller de Romulus'' ; dans l'île du Tibre, devant le temple d'Esculape®; la statue de Picus avait pu attirer ses regards à l'angle d'un carrefour ou dans
1. Comparez, en tenant compte de ces différences : Hérondas, I, 21, 22; Ov., XIV, 663 à 669.
Sur le rapport de la comédie avec la poésie erotique par l'intermédiaire des Alexandrins on pourra consulter utilement Hôlzer, De poesi ainalovia a coinicis atticis exculta, ab elegiacis expressa. I, diss. de Marbourg, 1899. Il traite particulièrement de la lena p. 76-8/1.