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jusqu'au temps des Sévères on écrit encore des ouvrages en prose ou en vers, dont elles forment le sujet unique ^ Ceux que les Gt-ecs avaient publiés étaient en nombre si considérable qu'Antoninus Libéralis n'a pas eu besoin de faire un seul emprunt à Ovide; il semble l'ignorer; les recueils écrits dans sa propre langue lui ont suffi, et il aurait pu y puiser bien plus largement encore, s'il n'avait été préoccupé, lui aussi, de réunir un choix d'histoires remarquables entre toutes par leur caractère étrange, Qu'Ovide ait lu les poèmes que nous venons de passer en revue, on n'en saurait douter : c'est là qu'il a pris l'idée première de son œuvre. En composant ses A/uours, ses Héroïdes, son Art d'aimer, il avait eu constamment sous les yeux les élégies erotiques des Alexandrins. Après avoir entretenu avec les plus célèbres d'entre eux un commerce qui n'avait pas duré moins d'une quinzaine d'années, il se tourna vers ces auteurs de Métamorphoses, des Alexandrins eux aussi; probablement il les connaissait déjà depuis ses débuts, ne fût-ce que pour en avoir alors entendu parler par Aemilius Macer, lorsque celui-ci lui lisait son Ornithogonie. Macer était mort; Ovide, en possession de la faveur publique, avait assez de confiance dans son talent pour pouvoir espérer surpasser son ami, en embrassant dans un nouveau poème toute l'étendue de la matière.
1. Outre les noms que j'ai éliminés et qui peuvent, comme celui de Gallisthène de Sybaris, appartenir à cette époque, il faut citer Dorothée (voyez toutefois Knaack Anal., p. 54, note 76), Hadrien, Nestor de Laranda, Didymarque (Mellmann, p, 86 à 89; WilamoAvitz, Antig.,p. 172) et Antoninus Libéralis. Au nombre des sources de Libéralis lui-même est mentionné aussi un ouvrage de Pamphile, mal' déterminé jusqu'à fprésent ; Oder, p. 44; Martini, p. lxii;, Knaack, Berlin, philol. Wochenschrift, 1900, p. 712. La bibliothèque de l'Université d'Heidelberg possède un papyrus trouvé en Egypte, où sont racontées des métamorphoses; H. Weil, Journ. des savants, 1901, p. 26; le texte en sera publié par Grusius et Deissmann. Un autre papyrus, conservé à Genève, contient un fragment sur l'aventure de Jupiter et de Léda, qui semble dater du ii^ ou du in<= siècle ap. J. G. ; Nicole dans les Mélanges Weil (1898), p. 291-299. Enfin dans les scoliastes de Virgile subsiste la trace d'un recueil de métamorphoses, peut-être plus ancien qu'Ovide : A. Leuschke, De metamorphoseon in scholiis Vergilianis fabulis, diss. inaug., Marbourg,
Ce fut, suivant les calculs les plus probables, en l'an 2 de notre ère, après avoir publié les Remèdes d'Amour, qu'Ovide entreprit les Métamorphoses ; il les avait terminées, lorsqu'au mois de décembre de l'an 8 il partit pour l'exila II nous faut chercher quels rapports son ouvrage présente avec les poèmes écrits par des Grecs sur le même sujet avant le moment où il quitta Rome pour toujours. Nous avons rejeté de la liste Corinne et Eumélus ; onne sait pas exactement qui est Callisthène; Antigone de Caryste le Jeune, quoiqu'il semble avoir été le contemporain d'Ovide, n'a peut-être publié ses Métamorphoses qu'après l'an 8^. En réalité, les seuls auteurs sur lesquels on puisse tenter une enquête, qui ne soit pas condamnée d'avance à rester absolument vaine, sont Boéus, Nicandre, Parthénius et Théodore.
La première question qui s'offre à nous est celle-ci ; parmi ces quatre auteurs, y en a-t-il un qu'Ovide ait pris pour modèle unique, à qui il ait emprunté non seulement ses fables, mais l'ordre même dans lequel il les expose, avec qui, enfin, il ait lutté d'un bout à l'autre pour la richesse et l'ingéniosité du style, pour la grâce des tableaux et le pathétique' des discours ? Si la
1. W. Bannier, Archiv fur latein.' Lexikographie, XI (1898), p. 25i-26o, a cherché à établir d'autres dates; sa démonstration ne paraît pas assez convaincante pour qu'on doive renoncer à l'opinion comnaune.
2. Ov., n, 676-707 et Antigone (Antonin. Lîbér., 28) ont traité tous deux la fable de Batlos ; mais beaucoup d'autres poètes, à commencer par Homère Çffymne à Hermès, 87-94, i85-2ii), avaient pu en fournir le modèle à Ovide, et il y a, du reste, des divergences entre son récit et celui de Libéralis.
OVIDE ET LES RECUEILS DE MÉTAMORPHOSES llj
question est ainsi posée, nous devons écarter Boéus, puisqu'il n'avait chanté que les légendes relatives aux oiseaux. On a pensé que des trois autres Parthénius est le seul qu'Ovide ait pu suivre à la trace. Cette opinion a été longuement défendue par M, Petersen^ Passant en revue les livres Vfll à XI du poète latin, il les a comparés aux récits des mythographes et de Nicandre, et il a mis en lumière les différences par lesquelles ils s'en distinguent ; il a conclu de cette étude qu'Ovide a dû nécessairement avoir une autre source; suivant lui, ce seraient les Métamorphoses de Parthénius ; elles avaient été publiées récemment ; l'auteur avait enseigné à Rome; il y avait eu déjà des élèves fameux; et enfin il devait plaire h Ovide par le tour erotique qu'il avait donné aux légendes.
Cette thèse soulève une foule d'objections et il faut bien dire qu'à peine avancée elle a été repoussée par la critique^. D'abord on ne voit pas pourquoi les livides VIII à XI seraient lès seuls qu'on dût invoquer dans une question de ce genre, qui porte sur l'ensemble du poème. Mais le défaut capital de la théorie consiste dans le raisonnement sur lequel elle est fondée ; Ovide se distingue des mythographes et de Nicandre ; s'ensuit-il nécessairement qu'il dût s'accorder avec Parthénius ? Celui-ci, dans ses Métamorphoses^ avait dû multiplier les aventures romanesques ; mais quel est le poète alexandrin dont on n'en peut dire autant, et ne savons-nous pas que c'était là aussi un des caractères principaux du livre de Nicandre ? Le poème de Parthénius était écrit en distiques élégiaques ; celui d'Ovide est écrit dans le mètre épique. Enfin, quand bien même on arriverait à prouver qu'il y a des rapports entre certains morceaux d'Ovide et ce qui reste de Parthénius, on n'en pourrait pas conclure que ces rapports se retrouvaient partout dans les quinze chants de l'ouvrage latin. Mais ce qu'il y a de plus grave, c'est que, si l'on examine de près les fragments de Parthénius, on s'aperçoit qu'il ne diffère pas moins d'Ovide que Nicandre. 11 faut écarter d'abord les rapprochements que l'on serait tenté de faire entre les Métamorphoses latines et les contes en prose de Parthénius^; car il n'est nullement certain que cet auteur, en insérant dans ses contes des