Hygin, Fables, éd. M. Schmidt, léna
utilisé les Métamorphoses ^ Une fois de plus nous aboutissons à un résultat purement négatif.
Pourtant la comparaison que l'on peut faire àç.?, Métamorphoses avec les Fables n'est pas sans profit. Car l'auteur nommé Hygin s'est certainement conformé h des habitudes depuis longtemps établies dans l'enseignement; lui aussi, il a voulu faire un livre pour les classes, et à ce point de vue il est intéressant de voir comment le maître découpait la mythologie pour les besoins de ses élèves ; il y a là une tradition qui remonte au delà du temps d'Ovide et qui a influé sur son art dans tout le cours de sa carrière poétique. Le recueil d'Hygin comprend trois parties ; dans la première sont énumérées sous une forme très aride les généalogies des dieux ; puis viennent des morceaux détachés, dont chacun contient une histoire mythique exposée sobrement, mais avec un certain souci du style. Enfin l'auteur a groupé dans une nouvelle suite de chapitres les fables qui présentaient entre elles des analogies, de telle sorte que l'élève eût pour ses éthopées une matière toute préparée ^ ; on y voit paraître successivement « les héros qui ont tué leurs filles », « les mères qui ont tué leurs fils », « les héroïnes qui ont tué leurs époux », « celles qui se sont tuées elles-mêmes..., etc. » Le maître pour chaque classe donnait un de ces morceaux à apprendre par cœur, et les élèves devaient les lui réciter à tour de rôle'*. Il y a entre cette troisième partie et le poème d'Ovide un rapport manifeste, qui s'explique suffisamment par l'éducation que celui-ci avait reçue. Qu'on lise par exemple dans les Fables le chapitre sur les plus beaux éphèbes de la mythologie*; on comprendra qu'Ovide n'a pas eu de longues recherches à faire lorsqu'il a mis dans la bouche d'Orphée l'éloge des jeunes héros qui furent aimés des immor-
I. Suivant Schmidt, dans sa préface, p. xxx-xxxi, ces endroits sont les suivants ; Hygin, Fable 107 =0v., XIII, i-SgS. La dispute dés armes, notamment vers 391.
III, 577-691. Les pirates tyrrhéniens.
IV, 169-189. Mars et Vénus dans le filet de Vulcain.
II, 1-366. Phaéthon.
III, i3i-252. Actéon.
IV, 55-166. Pyrame et Tliisbé.
IX, 449-664. Caunus et Bjblis.
Fable 225 à la fin.
Schmidt, p. XV.
Fable 271.
6o LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
tels * ; Ganymède, Hyacinthe et Adonis^ se trouvaient tout réunis dans ses souvenirs, peut-être même dans ses cahiers d'écolier, comme ils le sont dans les Fables plus récentes connues sous le nom d'Hygin. Parmi les exemples ainsi rassemblés il n'a eu qu'à faire un choix, en évitant de rebuter le lecteur par une énumération trop longue, qui se serait ressentie de son origine didactique^. Il ne faut pas oublier non plus que dans ces manuels, dont Ilygin reproduit l'ordonnance, les métamorphoses jouaient un grand rôle; en maint endroit elles forment le dénouement du récit ; quand bien même Ovide n'aurait jamais lu un seul des poètes grecs qui avaient écrit sur ce sujet, il est à présumer que ses anciens professeurs avaient meublé sa mémoire de telle sorte qu'il pût s'en dispenser ''.
On a pensé enfin que dans certains cas il avait eu recours a des sources plus humbles encore que des manuels, c'est-à-dire tout simplement à des scolies, à des bribes de commentaires éparses dans les marges des classiques. M. Robert en a donné un exemple qui est au moins spécieux". Ovide raconte comment Médée, étant arrivée à lolcos avec Jason, après la conquête de la Toison d'or, rendit la jeunesse à Eson, père de son époux, par des procédés magiques^. UA.?-gument de la Médée d'Euripide nous apprend que ce sujet avait été traité au vu" siècle avant notre ère dans l'épopée intitulée les Retours. M. Robert est convaincu qu'Ovide n'a pas consulté directement ce poème ; son récit ne serait autre chose