‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 63 sur 256 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Un des principaux défauts du sujet choisi par Ovide, c'est qu'il était presque infini. Les héros, que la fantaisie inépuisable des mythographes avait changés en plantes ou en bêtes, ne se coniptaient plus ; et cependant ce n'était pas tout le sujet; il y avait aussi les déguisements momentanés que les dieux avaient pris dans certains épisodes de leur histoire ; puis, que ne pouvait-on se permettre à la faveur d'un titre aussi vague que celui de Métamorphoses, mutatae formae? ha création du monde, les transformations des êtres, les progrès de la. civilisation, l'évolution des sociétés pouvaient aussi bien rentrer dans le cadre de l'ouvrage, et il n'y avait même pas de raison d'en exclure les grands souvenirs de l'histoire, d'autant plus qu'elle confinait au surnaturel, depuis que les chefs d'Etat recevaient les honneurs de l'apothéose. Il n'en était que plus nécessaire pour Ovide de tracer exactement ses limites. Bien qu'il ait fait une excursion sur le domaine de la philosophie et de la science, il est clair cependant qu'il a entendu se borner h la partie merveilleuse de son sujet. Il chante des fables ; mais dans la multitude des métamorphoses légendaires il a fait un choix ; c'est ce qu'on a déjà pu constater par les rapprochements qui précèdent. Il faut, pour se rendre compte de son dessein, pousser plus loin la comparaison avec ses devanciers. Quelles sont les fables qu'il a admises ? Quelles raisons l'ont déterminé à écarter les autres ?

Un des caractères les plus certains qui distinguent les poètes de l'école alexandrine, c'est leur goût pour les légendes neuves; souvent l'originalité qu'ils y trouvent n'est qu'apparente; elles ont été forgées sur le modèle des anciennes; les noms seuls des personnages ont été changés ; ou bien on a introduit dans la tradition primitive, tout en respectant les noms, des détails bizarres,

des complications laborieusement préparées. Cette mode, qui avait eu tant de charmes pour Catulle et pour ses contemporains, n'a pas été sans exercer aussi son influence sur Ovide. Ainsi les filles de Minée, occupées à filer la laine, se racontent, pour charmer leurs loisirs, des histoires de métamorphoses ; elles dédaignent comme vulgaires, celles de Dercéto et de Nais ; c'est là une pure affectation ; il faut les ranger au contraire parmi les plus obscures de l'antiquité^. Plus loin Ovide renouvelle ce jeu ; il ne parlera point des amours trop connues de Daphnis, changé en rocher.

Vulgatos taceo pastoris amores

Daphnidis Idaei, quem nymphe paelicis ira Contulit in saxum.

Passe pour les amours de Daphnis ; mais non pour sa métamorphose*. Le poète ne parlera pas non plus de Sithon, ni die Celmis, ni de la pluie qui engendra les Curetés, ni de Crocus, ni de Smilax^. C'est grand dommage; car nous n'en serions pas réduits à ignorer ce que cachent ses mystérieuses allusions. Que chantera-t-il donc ? Il cherchera une fable qui puisse captiver les esprits par l'attrait de la nouveauté.

Et Crocon in parvos versum cum Smilace flores Praetereo, dulcique animes novitate tenebo *.

11 va chanter Hermaphrodite ; à vrai dire le personnage n'était pas un inconnu pour des lecteurs romains ; mais il ne s'agit cette fois que d'un seul épisode de son existence : une nymphe de Carie, Salmacis, s'est éprise de lui, et l'a entraîné au sein de ses humides retraites ; depuis ce temps-là il ne forme avec elle qu'un seul corps, qui réunit les deux sexes; les hommes qui ont l'imprudence de se baigner dans les eaux de Salmacis y perdent aussitôt toute force virile*^. Strabon, enregistrant ce phénomène, s'efforce de l'expliquer par des raisons naturelles"; Ovide, nou-

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