XXIV
4. Ibid., 6i3. Ovide s'est bien gardé de reproduire ce détail (VI, 3oi et suiv.).
t\ LES METAMORPtIOSES D^OVIDÊ
poète cite cet exemple pour prouver que les plus grandes douleurs ont, sinon un terme, du moins des moments d'apaisement nécessaires, où la nature reprend ses droits. Puis il franchit les siècles par la pensée, et revenant au moment présent, il rappelle que de son temps on voit sur le Sipyle Niobé toujours plongée dans le deuil et dans les larmes. Que s'est-il passé dans ce long intervalle ? Quel est le dieu qui a fait d'elle un rocher ? Est-ce un châtiment qui s'ajoute à l'autre? Et si c'en est un, pourquoi les dieux, avant de la frapper de nouveau, ont-ils permis qu'elle réparât ses forces et qu'elle revînt à la vie? Autant de questions que ne se sont posées ni Homère, ni les hommes simples qui les premiers ont entendu chanter ses vers.
Enfin les métamorphoses que l'on rencontre dans les épopées homériques n'ont aucun rapport avec les amours des dieux et des héros, ou, si par hasard elles peuvent y être rattachées, la passion dont elles sont la conséquence s'efface dans un lointain mystérieux, où les yeux des hommes n'osent pas pénétrer; quand Apollon et Artémis vengent l'injure de leur mère en tuant les enfants de Niobé, le poète ne fait pas, intervenir directement Latone * ; nous oublions ses amours avec le souverain de l'Olympe, et, si Homère s'en souvient, il est douteux qu'il les juge coupables. Ailleurs Aédon, que la fable a depuis appelée Philomèle, est changée en rossignol après avoir égorgé son fils Itylos. « Elle fait entendre ses chants harmonieux quand vient le renouveau; du haut des arbres, où elle se pose au milieu du feuillage touffu, sa voix lance des roulades qu'elle varie sans cesse; elle pleure son cher fils Itylos, né du roi Zéthos, que jadis dans un moment de folie elle tua avec l'airain ^, » Plus tard cette mort fournira aux poètes le dénouement d'un drame scandaleux^; Homère n'a pas même indiqué les causes qui ont pu pousser au crime la malheureuse mère, et peut-être pour lui cet accès de démence n'a-t-il besoin d'aucune explication ; il a été soudain et accidentel, comme le sont souvent ces troubles de la raison humaine, que suivent les catastrophes les plus inattendues.
Les métamorphoses occupaient dans la littérature hésiodique
Les critiques alexandrins considéraient comme interpolés les vers de VIL, XXIV, 614-617 ; c'est que pas plus qu'Ovide ils ne se faisaient une idée juste de l'évolution des légendes.