Voyez l'Appendice B
3. Voyez l'Appendice B. Fable dominante dans le premier groupe Pyrame et Thisbé, dans le second Leucothoé, dans le troisième Salmacis. Voyez aussi ibid., les chants VI et X.
4. Autres exemples de discours dans des discours ; Alcmcne et lole, IX, 278 à 3q3 ; le chant d'Orphée, X, i48, 789, elc.
il ne peut nous tromper complètement ; les premiers vers de ce chant ne sont en réalité qu'une conclusion différée. Ces artifices, outre qu'ils sont très apparents, ont le défaut de troubler le lecteur ; quand Ovide dit, à la fin d'un discours, finieraty desier'at, nous avons besoin de réfléchir un instant, et même de récapituler ce qui précède pour savoir quel est le personnage qui cesse de parler : est-ce la fin de la narration principale, ou celle de la narration secondaire ? Cependant ce défaut est beaucoup moins grave ici qu'il ne le serait dans une épopée où il y aurait une action unique : nous ne sommes pas pressés ; nous savons fort bien que nous ne reverrons pas les héros mêmes dont le sort nous a le plus touchés ; il faut qu'ils disparaissent h bref délai pour céder la place à d'autres; que l'auteur leur fasse quitter la scène d'une façon un peu brusque et tumultueuse, nous ne lui en tenons pas autrement rigueur.
De tout temps les poètes épiques ont eu le droit d'introduire des épisodes dans leurs ouvrages : tous nous offrent des exemples de ces récits, placés dans la .bouche d'un des personnages, de ces descriptions d'œuvres d'art imaginaires, où sont représentées des fables étrangères à l'action principale. Mais jamais chez les poètes grecs de l'âge classique nous ne voyons ces moyens poussés, comme dans les Métamorphoses, jusqu'au système, et revenant régulièrement dans chaque livre. De plus, les épisodes ont, en général, dans l'art classique, un caractère différent de ce qui les entoure ; ici l'auteur nous présente des métamorphoses intercalées dans des métamorphoses; il n'y a pas de raison pour que l'accessoire ne devienne pas le principal, ou réciproquement, et même quelquefois c'est ce qui semble le principal qui est en réalité l'accessoire. Il y a de fortes présomptions pour qu'une fois de plus nous devions chercher dans l'art alexandrin la source de ces combinaisons à la fois très méthodiques et très libres. D'abord Ovide a pu en prendre l'idée dans les auteurs spéciaux qui avaient traité le même sujet; plusieurs fois nous voyons Nicandre grouper des métamorphoses secondaires autour d'une métamorphose principale, de façon à éblouir par la succession précipitée des effets merveilleux ^ Nicandre a même donné à
. I. Nicandre dans Antonin. Liber., lO, 22, 82, etc.- J'ai déjà dit page 82, note 5, que je ne croyais pas aux interpolations admises par Martini dans Antonin. Liber. I, 2 et 17, 4-5, et que je m'en tenais sur ce point à l'opinion de Belhe. Nicandre me semble avoir appliqué partout le mémo procédé.
Ovide l'exemple des fables intercalées dans le récit épique sous forme de discours ; ainsi le berger Cérambus est changé par les nymphes en capricorne, parce qu'il les avait insultées ; il avait refusé de reconnaître en elles les filles de Jupiter ; il prétendait aussi qu'elles avaient été momentanément changées en aunes, pendant que l'une d'elles était victime d'un odieux attentat de la part de Neptune. Les termes du sommaire de Libéralis ne permettent pas de douter que le poète grec eût cédé la parole à Cérambus lui-même *. Ovide construit sur ce type une bonne partie de son ouvrage ; souvent les personnages des fables secondaires, chez lui comme chez Nicandre, ont encore un rapport avec l'action de la fable principale : ainsi les aventures de Cyané, d'Ascalaphus, des Sirènes, même celles d'Aréthuse se rattachent assez naturellement au récit de l'enlèvement de Proserpine^. Ce que nous ne voyons pas chez Nicandre j ce sont des épisodes étrangers introduits dans l'action, grâce à des discours, qui n'ont d'autre raison d'être que de charmer, d'émouvoir ou d'instruire des auditeurs fictifs. Mais qu'Ovide ait été encouragé par l'exemple des Alexandrins à user fréquemment de cette ressource, c'est ce que nous montrent d'autres poèmes de leur école ^. Nous en avons la preuve surtout dans les fragments de VHécalé, récemment découverts en Egypte*. Callimaque raconte en moins de cinq cents vers la lutte de Thésée avec le taureau de Marathon ; on savait déjà qu'il avait fait tenir dans ce cadre étroit des sujets très divers ; les nouveaux fragments nous en révèlent un de plus : il avait chanté la punition de la corneille, bannie de l'Acropole pour avoir dénoncé à Minerve, par un bavardage indiscret, la désobéissance des filles de Cécrops. C'est la corneille elle-même qui raconte sa mésaventure. Et, comme les bavards s'arrêtent difficilement, elle parle aussi de celle du corbeau ; il était devenu noir, parce qu'il avait appris à Apollon l'infidélité de Coronis.
1. Antonin. Liber., 22, 4 : « Kepa[i,6o5... àjTeppi'|e \6-^o^ ayapiv re xaî «voriTOv eî; Taç vû[i.<paç, oti y^voç p,E'v sîaiv oùx ànà Aidç... »