Ov., VI, 3i6. Cf
4. Ov., VI, 5," i46 à i5o, 3i3 à 320, 382 à 385. Sur les transitions d'Ovide voyez une étude complète dans Gaillard, p. 289, Liebau, p. 5 et i3.
5. Gomme exemples, voyez I, 45o, 583, 760 ; II, 367, 4o5, 533, 633, 676-680, 711 ; III, 253-256, 3i6 ; IX, 98; X, 86 à 106, 343. Mais il faudrait en citer bien d'antres.
6. « nia frigida et puerilis est in scholis affectatio ut ipse transilus efficiat aliquam utique sententiam, et hujus velut praestigiae plausum petat; ut Ovidius lascivire in Metamorphosesi solet, quem tamen excusare nécessitas potest res diversissimas in speciem unius corporis coUigentem, »(Quintil., Insi. oi\, IV, i, 77.)
Sll LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
temps. Remarquons encore que d'après ce passage c'est Ovide lui-même qui en a eu la première idée ; quel qu'ait été le plan des Mètamorplioses des Grecs, il est clair qu'ils n'avaient pas fait autant de frais que leur imitateur pour trouver des transitions ; Quintilien ne le citerait pas comme offrant les exemples les plus remarquables de ces fausses élégances, s'il s'était borné à suivre Parthénius ou Théodore. 11 faut donc voir là avec Quintilien un des effets de cette riche imagination un peu déréglée, qui s'amusait de ses propres fantaisies : « lasciçïre solet w. Les écrivains de ce caractère n'ont pas besoin d'aller chercher leurs transitions chez des devanciers plus ou moins obscurs. Et pourtant on se persuadera malaisément qu'Ovide n'a pas contracté quelque part l'habitude de ces artifices trop faciles: les rhéteurs latins en sont en partie responsables, d'après Quintilien; soit, mais aussi sans doute les poètes d'Alexandrie, quoique les maîtres de l'école, moins pressés par les nécessités du sujet, en aient usé avec beaucoup plus de discrétion dans les ouvrages à nous connus. Si Ovide veut unir la légende d'Actéon à celle de Sémélé, il fait intervenir la Renommée, portant de ville en ville et de la terre au ciel les nouvelles du monde héroïque ; de là des conversations qui amènent des souvenirs, des rapprochements et des contrastes. Théocrite ne s'y prend pas autrement pour unir à la légende des Étables d'Augias celle du Lion de Némée ; seulement chez lui la transition est plus lente, mieux conduite et par là même plus vraisemblable ^
Ce rapport apparaît plus évident encore si on étudie comment Ovide enferme les développements les uns dans les autres ; il n'y a pas un seul livre des Métamorphoses qui ne contienne au moins un exemple de ce procédé. Orphée, en perdant Eurydice pour toujours, demeure glacé; sa surprise rappelle celle de deux malheureux qui furent changés en pierres; voilà deux m^étamorphoses introduites à la faveur d'une comparaison au milieu de l'histoire d'Orphée^. Mais le plus souvent Ovide suppose qu'un ou plusieurs personnages de la scène principale, ou ,même dès inconnus, qui en ont été témoins, racontent des fables propres à émouvoir l'assistance. Quelquefois la description d'une œuvre d'art lui sert
1. Ov., III, 253 ; Théocr., XXV, 160-186. Sur ce rôle delà Renommée dans les transilions d'Ovido voyez encore III, 5ii. Voyez aussi les discours attribués à des anonymes : VI, 817 et 882 ; XI, 749 ; XV, 10.
2. Ov., X, 64 à 71, 221 à 287. Voyez aussi XV, 553 à 621, où cependant la comparaison est mise à la suite de l'histoire principale.
de prétexte pour insérer des fables secondaires dans une fable principale S Ce n'est là cependant que le dessin le plus simple ; il y a aussi le cas où les fables secondaires en enveloppent encore d'autres ; de là des groupes formant des figures qui varient par leur étendue ou leur complexité '\ Dans tel passage certaines fables secondaires sont énumérées très rapidement sous forme de prétérition et font cortège à une autre, plus importante ; ailleurs au contraire le poète leur donne à toutes une importance égale. Si à ce point de vue nous examinons le chant IV par exemple, nous y trouvons, enveloppées dans le récit principal, jusqu'à douze fables, qui, à leur tour, se répartissent en trois groupes, et dans chacun de ces groupes une fable dominante^. Le dessin est encore plus savant dans le chant V ; Minerve est venue visiter les Muses sur l'Hélicon • voilà le cadre général ; les Muses racontent à la déesse comment les Piérides leur ont disputé le prix du chant et elles répètent les morceaux qu'ont fait entendre les deux parties rivales ; ici deux développements inégaux ; d'une part un résumé de la Gigantomachie, traitée par une des Piérides; de l'autre un très long morceau sur l'Enlèvement de Proserpine, sujet choisi par Calliope ; et ce sujet lui-même comprend encore six autres fables, qui viennent successivement se dérouler sous nos yeux. Il suit de là que nous avons des discours dans des discours ; les paroles d'Alphée à Aréthuse sont rapportées par elle à Cérès, et l'histoire de Cérès est mise dans la^ bouche de Calliope s'adressant à Minerve *. Aussi il est indispensable qu'Ovide, quand il a rempli le cercle entier, le ferme de quelque manière ; dans les derniers vers du chant V plusieurs dénouements viennent se presser l'un sur l'autre : i*' la métamorphose de Lyncus, qui termine l'histoire de Triptolème et le chant de Calliope ; 2° la métamorphose des Piérides, qui suit la fin de la dispute, et sur laquelle s'arrête le récit de la Muse. On attend même encore quelque chose ; c'est que Minerve prenne congé des Muses ; pour éviter l'effet malheureux que produirait cette accumulation, Ovide renvoie au commencement du chant' VI le départ de Minerve; mais